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Moi, j'ai les doigts verts. Heureusement nous ne posons les guirlandes que demain matin. Elle ne reçut pas ds réponse. On entendit, mêlé au bruit des buis froissés, le roulement des camions dans les rues voisines.

Eh bien n'est-ce pas que vous partez? Qu'il y a quelque chose? Qu'on vous chasse N'est-ce pas que j'ai deviné? Elles étaient l'une près de l'autre, comme deux tisserandes au bout de leur câble.

Elles avaient cessé de travailler. Elle ne se détourna pas. Mais ses doigts cessèrent de serrer les brins de buis sur l'axe de la guirlande. Mais elle pouvait regarder cette enfant que le hasard, et je ne sais quoi de plus, rapprochait d'elle en cette heure suprême.

Et c'est ce qu'elle fit. Désespérante amitié Étrangères la veille,. Sous sa guimpe, sa poitrine se soulevait. Louise Casale, plus grande, se pencha aussi vers elle, et dit, approchant ses lèvres du voile noir. Je ne suis pas dévote comme vous, mais j'aimais à venir chez vous.

Il m'est passé des idées par l'esprit. Ce sont des bêtises que j'aurais du garder pour moi. C'est bien fini, allez. Quand vous serez parties, je serai pareille aux autres. Ce sera la récréation. Je ne te chasse pas, Louise! Qu'as-tu, avec ton air de tragédie? Louise jetait à terre le buis qu'elle avait serré dans sa robe. La supérieure cria, dans le corridor, espérant que la voix rattraperait la visileuse et son secret.

Elles se rangèrent encore trois d'un côté, deux de l'autre, se faisant vis-à-vis. Les deux c'étaient Edwige et Pascale. Mais elles ne restèrent pas sous le toit du préau, et descendirent dans la cour. C'était la loi de leur vie et leur vocation qui les appelaient là. Comme les amans qui reviennent aux choses et aux sites témoins de leurs amours et refont, dans les traces anciennes, le chemin qu'ils firent une fois, elles avaient besoin de passer leur dernière heure de liberté là où avaient vécu, toutes à la fois et de leur vie pleine, les enfans auxquelles elles s'étaient dévouées,' les raisons de leur sacrifice, et les causes innocentes de toutes leurs souffrances.

En sortant de là, elles savaient que, tout à l'heure, elles iraient à l'église, et, que ce soir, il n'y aurait pas de veillée générale, à cause des derniers préparatifs pour le lendemain. Le soleil, très incliné, dorait toute la poussière de l'air, et il n'y avait pas un atome, pas un débris informe qui ne devînt de la lumière dès qu'il était soulevé au-dessus du sol.

Le quartier travaillait, suait, souffrait, et achevait son jour d'été semblable aux autres jours d'été. Tous les ouvriers étaient à leur poste, les employés à leur bureau, les patrons devant leur téléphone ou leur table de travail, donnant des ordres. Cependant une perte immense se préparait pour eux tous cinq femmes faisaient, dans cette cour, leur dernière promenade avant de quitter le. Elles parties, c'étaient d'innombrables existences moralement appauvries, modifiées, méconnaissables, privées de l'éducation, de l'influence, de l'exemple qui les eût faites bonnes ou meilleures.

Une richesse, à laquelle beaucoup s'intéressaient moins qu'à l'autre, finissait. Une douleur que peu de personnes pouvaient plaindre groupait et troublait, malgré l'habitude qu'elles,, avaient "de se vaincre, cinq créatures 'supérieures au monde. Les cinq femmes se promenaient dans la cour, allant d'un mur à l'autre.

Ont-elles joué là où nous sommes 1. Elles pensaient toutes aux filles d'ouvriers pour lesquelles tous ces matériaux avaient été employés, les pierres dressées en murs, les ardoises posées sur les toits, la terre nivelée, leur vie à elles dépensée, presque entière, à moitié, ou un peu moins.

Les voix, les regards, les mots doux et profonds, les confidences reçues, les. Il faudra prier pour elles, chaque jour que vous vivrez. Ce sera votre présence muette et éternelle ici. Il n'y eut que des signes de tête. Nous commencerons par la messe, comme il convient, un jour d'épreuves.

Puis, vous irez clouer les guirlandes. Il faut que les enfans gardent le souvenir, d'un peu de joie autour de nous, puisqu'il sera si difficile d'en montrer, ce jourlà, sur nos visages. Le soleil s'inclina tout à fait. C'était la minute brève ou il fallait se dire le véritable adieu. Demain, personne ne devrait pleurer. On le pouvait ce soir, si on était faible. Les cinq femmes s'étaient arrêtées, dans l'angle de la cour, à l'orient. Elles s'étaient rapprochées en cercle. A peine si, des fenêtres d'une maison faisant suite à l'école, là-bas, on aurait pu voir le groupe de robes bleues et de voiles noirs dans le carré pelé de la cour.

La supérieure dit, en ouvrant les bras. Venez, mes chères filles, que je vous embrasse. Puis, si vous avez quelque recommandation à vous faire, les unes aux autres, profitez du peu de temps qui reste. Elle ouvrit les bras. Les quatre religieuses, l'une après l'autre, par rang d'ancienneté, vinrent recevoir le baiser de paix. Cela signifiait tout sa tendresse humaine et religieuse.

Quand elle eut serré dans ses bras la dernière de ses filles qui était Pascale, elle la retint, et lui dit, ne pouvant en dire plus long, car les sanglots l'étouffaient. Aussitôt après, elle se détourna, suivie de la réglementaire, que le devoir ramenait une dernière fois vers sa cloche.

Les trois autres demeurèrent. Je vous aimais tendrement. Je continuerai en priant. Je ne vous l'aurais pas dit, si nous n'étions pas à la fin de la vie commune. Vous êtes inquiète à cause de moi? Où serai-je comme ici?. La cloche sonna la dernière rentrée. Deux femmes jeunes, lentes, courbées sur leur peine, traversèrent, à quelques mètres l'une de l'autre, sans plus se parler, la cour, où leurs pas effaçaient encore des pas d'enfans.

Non, je ne crois pas l'avoir fait. Mon Dieu, je me souviens des mortes que j'ai aimées, des vivantes que j'aime. Et j'ai été portée, assurément, par une sympathie, vers plusieurs mais là où elle n'était pas, vous avez mis la charité, et, vous aidant ma faiblesse, je ne crois pas avoir été injuste dans le partage de moi-même.

J'ai eu le dégoût de la fréquente hypocrisie, de la saleté, de l'odeur, de l'insistance de la misère il en a peu paru au dehors. Les autres n'ont eu du monde que le vent qui souffle sous les portes. Je le vois à leurs yeux qui sont clairs, et à leur gaîté qui est plus jeune que chacune d'elles. Même Pascale, qui n'est forte que parce qu'elle s'appuie, est restée bien libre d'esprit, et bien heureuse, je crois, parmi nous, jusqu'à ces derniers jours.

Il y a plusieurs de mes filles qui ont sûrement encore leur âme de baptême. Moi, je suis vieille; je n'ai jamais eu peur des mots, même gros, et vous m'avez donné cette grâce d'oublier très vite, en pensant au remède, le mal qu'il faut que je voie. Mes filles ont eu la protection de nos murs, du grand travail, de la fatigue, des enfans, de la règle, de la prière, celle de ma présence, et de la vôtre avant tout.

J'ai eu la vanité trop vive des examens; j'ai cherché, en y croyant trop, les certificats, les belles pages d'écriture, les analyses sans faute, les lectures sans arrêt mes petites ont pu croire, parfois, que c'était là le principal.

Et le principal, c'était Vous. C'est Vous qui leur manquez, dans leur ménage, et dans leurs peines, et dans leur mort. Non, je ne l'ai pas assez fait voir, que j'étais, avant tout, maîtresse de divin, professeur de l'énergie et de la joie qui viennent de Vous.

Mes petites ont si grand besoin de votre aide Elles meurent si tôt, à leur deuxième enfant, trop souvent; elles n'apprennent plus rien qui les relève et les fortifie, quand elles sortent d'ici elles ont tant de bonne volonté, tant d'honneur mystérieux dans leurs pauvres veines pâles, tant de goût caché pour Vous qu'elles aperçoivent parfois, qu'elles reconnaissent alors avec adoration, comme quelqu'un de la famille ancienne, qui sait tout ce qu'on a souffert, et ce qu'il aurait fallu pour qu'on fût tout à fait bien!

Je ne sais ce que je vais devenir. Si je dois enseigner encore, j'aurai moins de vanité de nos succès humains, et plus d'intelligence de la vraie détresse de mon quartier nouveau.

Je vous demande pardon. C'est si difficile de ne jamais nous aimer Je ferai mieux. Je viens d'examiner le passé. Je ne découvre qu'un peu trop d'humanité en moi. Mon Dieu n'a pas été offensé ce n'est qu'une épreuve j'accepte. Le dernier coup de marteau donné, elles descendirent. Trois petites d'une douzaine d'années, deux chèvres tristes et une grosse fille joufflue, qui les aidaient, allèrent ouvrir la porte de la salle, puis, en suivant le corridor, celle de la maison d'école.

Tu déchires ta robe! Oh là là, est-on pressé ça me serre Eh bien il y en a de la guirlande! Et les prix, ils sont beaux En auras-tu, toi, Marie? Les grandes se mettaient à gauche, sur des bancs parallèles à ceux des petites. Les enfans se séparaient des groupes familiaux, dès la porte d'entrée, et l'on entendait les baisers. Avez-vous entendu dire que l'école va.

Ça en serait un malheur! Au fond à droite, au milieu des petites. Qui est-ce qui lui parle? Elle lui apporte un cadeau? Oui, qu'est-ce que c'est?. Mais non, mon bonhomme, ils disent ça pour monter le monde contre le gouvernement. Tenez, elle met la malle dans le coin, avec un tapis dessus. Goubaud restait dur de visage, soulevé àu-dessus de sa chaise, les sourcils rapprochés, la main gauche tordant sa longue barbe noire mêlée de poils gris. Aurélie, de la part de ses parens, avait apporté une petite valise, carton recouvert de toile, qui ne servait guère chez les Thiolouse.

Prenez je l'ai apporté pour vous. Je l'ai pris sur la cheminée. La petite, radieuse, y posait avec hâte un coquillage à lèvres roses, armé d'épines flamboyantes. On avait dû en parler chez elle. Elle n'a pas l'air triste. Avec elle, ça ne dit rien, l'air. Oui, mais pas de ne rien faire, répondait la voisine sans comprendre; ce n'est pas de la graisse, c'est de l'âge, père Goubaud. Il n'y avait pas de curé, en effet. On toussa; les chaises furent remuées.

Elle ne sera pas solennelle, comme d'habitude. Il n'y aura pas de chansons. Nous regrettons beaucoup de vous remettre si tôt vos enfans; on nous l'a demandé, à cause des circonstances. Tous ceux qui sont nos amis écouteront en silence la lecture du palmarès, et puis s'en retourneront chez eux.

Pour nous, j'ai conscience que nous vous avons servis de notre mieux. Alors, vous vous en allez? Mais non T'as rien compris — Silence Des enfans pleuraient tout haut. Et cela dura jusque vers onze heures et demie.

Alors, le bruit assourdissant des pas et des voix s'éleva de nouveau, dans l'air lourd, et saturé de l'odeur de misère. Le quartier avait fait sa dernière visite à l'école. Il s'éloignait, il rassemblait ses enfans, et, sans doute, il n'oubliait pas les maîtresses mais la hâte de rentrer, le travail, le besoin de respirer mieux, l'attrait de la rue, l'attrait du cabaret, le simple exemple des autres qui se dirigeaient vers la porte, tous ces pauvres motifs, ajoutés à la timidité, à l'absence complète d'initiative, chez beaucoup d'assistans, rendaient minime le nombre des parens qui remontaient vers le haut de la salle, vers l'estrade où quelques élèves, plus affectueuses, ou' plus fières de leur succès, ou plus misérables et abandonnées, formaient, autour des quatre religieuses, massées sur l'estrade, un groupe diminuant.

Et bientôt, elles furent seules sur l'estrade. Par lassitude, par besoin d'appuyer leurs épaules et leurs têtes lasses, elles s'étaient reculées jusqu'au mur, et elles étaient là, immobiles, les mains jointes, désormais délivrées de la contrainte du sourire, et elles regardaient ces nuques, ces dos d'hommes et de femmes, serrés en lignes, sur toute la longueur de la pièce, et qui s'éloignaient à jamais.

C'était leur bien qui s'en allait, leur richesse, leurs obligés, ceux qui avaient eu faim et soif, ceux qui avaient pleuré. Elles reconnaissaient encore, dans le lointain, quelques mères, quelques enfans, au mouvement du cou, à des vêtemens qui ne changeaient pas avec les saisons. Elles goûtaient chacune, aveceffroi, la cruauté des reconnaissances humaines elles pensaient à ce qu'il avait fallu de souffrance, de patience, et d'élan, et d'oubli, et envers combien d'enfans, pour acheter le baiser, ou le.

Une caresse légère tira Pascale de cette vision du passé. Si je pouvais l'emporter avec moi 1. Elles sortaient de leur songe. Les religieuses, n'ayant plus d'enfans, plus d'école, plus d'habitudes à suivre, hésitaient, et se demandaient comment employer l'heure ou les deux heures qu'elles avaient encore à passer chez elles.

Tout le devoir était rempli. Notre mère, il reste encore une demi-bouteille de vin, de l'eau et du pain. Et elle fit le geste qu'elle faisait si souvent, ouvrant à demi les bras pour rassembler ses filles et les pousser en avant. Elles avaient retrouvé leur liberté d'esprit.

Elles causaient, sans faire allusion à ce qui allait venir. Et presque aussitôt, on sonna à la porte d'entrée. Rapidement, elle se leva, suivit le couloir, et, se raidissant, d'un geste ferme, elle ouvrit la porte de son école et de sa maison. Deux hommes saluèrent, l'un en levant son chapeau melon, en s'inclinant un peu, avec l'évident désir d'être correct, l'autre d'un signe de sa tète bilieuse et chafouine.

C'était le commissaire de police et son greffier. Vous me permettez d'entrer? Il ne se souciait pas de s'expliquer sur le seuil, et d'ameuter les passans autour des groupes déjà formés sur la place. Le secrétaire se glissa derrière lui, et ferma la porte presque entièrement. Vous venez prendre leur bien. Je vous l'ai dit, ça ne me regarde pas. Mais je vous dis, pour que vous le répétiez, que vous commettez trois injustices en détruisant mon école, qui est celle des pauvres et des chrétiens, en prenant notre bien, et en nous chassant de notre domicile, comme vous allez le faire.

La voix résonna dans les couloirs. Un groupe d'élèves et de parens, qui avaient un soupçon plus ferme que les autres, étaient restés à cinquante mètres de là, près du mur de l'église.

Ils n'étaient guère qu'une trentaine. L'arrivée du commissairs de police avait fait s'arrêter, en outre, devant l'école, des passans et des errans. Un cri de femme s'éleva. Je fais arrêter le premier qui manifeste! Et vous, les nonnes, défilez-vous, et vite! Les agens bousculèrent les femmes, et injurièrent celle qui venait de crier.

Elle continua de foncer dans les remous d'une foule mêlée. Des hommes, à droite, autour d'un arbre, hurlaient: Le petit groupe avait traversé la place. Les agens, voyant que le cortège allait s'engager dans le large cours qui mène à L't gare, et que la démonstration pouvait devenir une manifestation, se jetèrent sur la grappe de femmes et d'enfans qui enveloppaient les expulsées, et l'émiettèrent.

Les deux autres par ici! Vous vous retrouverez plus tard! Ce fut la fin des protestations. Puis le calme apparent se rétablit. Quelques pauvres pleuraient seuls, en regagnant leur logement. Après la seconde volée d'escalier, les voyageuses s'arrêtèrent et, des profondeurs d'un vaste appartement, on entendit venir le pas d'une domestique. Celle-ci était évidemment prévenue.

Madame va venir à l'instant. Elle poussait, en parlant, une porte de chêne ciré, haute, tournant sur des gonds de cuivre, et qui ouvrait, ainsi que trois autres du même style, sur le vestibule. C'était l'ancienne salle à manger de l'appartement. Les soeurs s'étaient avancées jusqu'au milieu, et s'y tenaient debout. Elles auraient pu se croire dans un couvent riche, dans cette demeure de vieux Lyonnais.

Par l'autre extrémité, une femme âgée entra, de moyenne taille, mince, myope, et qui ressemblait étonnamment aux têtes de cire représentant les vieilles dames et exposées aux vitrines des coiffeurs bandeaux soufflés, blancs et lisses, visage petit, très peu ridé, encore parcouru, çà et là, par le sang demeuré jeune, et un sourire égal, avec peu de vie dans des yeux très luisans.

Elle fit une révérence. Vous venez an vestiaire des sécularisées? N'avez-vous pas été trop brutalement jetées hors de chez vous? J'ai justement là le costume de deuil d'une jeune fille de nos amies. Elle semblait faire l'article pour une maison de modes. Aucune des cinq religieuses n'avait commencé à se dévêtir.

Elles attendaient maintenant, sans le dire, l'ordre de quitter le vêtement béni. Puis les mains se levèrent, pour détacher les voiles et les coiffes, pour dégrafer les robes de bure, qui tombèrent d'une pièce sur le parquet.

Il n'y eut plus, à la place des cinq religieuses que beaucoup de passans, dans la rue, saluaient d'une inclination de tête, ou d'une pensée de haine, que cinq femmes vêtues d'une chemise montante, d'un jupon de laine grise, et dont les cheveux, blancs, châtains ou blonds, coupés au bas de la nuque comme ceux des pages d'au-.

Avec des épingles et des rubans noirs, on avait relevé les cheveux tant bien que mal, puis on les avait cachés sous les formes défraîchies de chapeaux de deuil, ou de demi-deuil.

C'est peut-être simplement que je n'avais pas l'habitude de me regarder dans une glace. Borménat tâchait de rassembler et do nouer les rares cheveux de la supérieure. Celle-ci, qui se taisait, assaillie par trop d'émotions successives qu'elle ne voulait pas dire, arrêta son regard sur la chevelure mutilée, mais admirable encore, de la fille du vieil Adolphe Mouvand. Vit-elle, repousséc, dressée en chignon, lustrée par le vent et le soleil, cette paille dorée et ardente?

Trouva-t-elle trop jolie, en ce moment même, dans son costume de demoiselle, cette enfant qu'elle aimait? Elle échappa aux mains de son habilleuse, et, une de ses mèches dressée au-dessus de son crâne et attachée avec un cordon noir, une autre tombant sur l'oreille droite, elle vint, les traits tirés, jusqu'à la jeune fille. Pourquoi ai-je consenti à me séparer. Allons, mon enfant, venez mettre votre chapeau, nous sommes les dernières.

H y avait encore deux chapeaux sur la console, à côté du miroir, un de paille noire, orné d'une couronne de petites paquerettes artificielles, très flétries et retombant sur leurs tiges, et une capote de tulle ruché, poussiéreuse et lourde. Elle désignait la capote de deuil.. Vous n'allez pas vous mettre des pâquerettes sur la tête, madame?

Et elle piqua, sur ses cheveux blancs, la forme de paille noire garnie de vieilles fleurs pendantes. Elle eût été ridicule, en effet, pour d'autres; elle le serait dans la rue. Elle reprit son humeur ferme, sa parole toute simple et sans embarras, pour remercier l'intendante du vestiaire des laïcisées. La vieille dame salua, sourit avec réserve et compassion, et elle regarda descendre, dans la spirale de pierre de l'escalier, les cinq femmes dépoétisées, et qui n'avaient plus, pour se défendre contre te monde, ce voile, cette bure, ce rosaire qui disent que c'est une chair pénitente et vouée à Dieu qui passe.

Les autres, trop incertaines de leur destinée, avaient confié, à la garde de l'oeuvre, ces reliques de leur vie d'élection et de leur passé heureux. Elles ne se parlaient plus l'une à l'autre. N'ayant plus de maison, elles se rendirent à la gare, et demandèrent la salle d'attente des voyageurs de troisième classe. Le coin du fond, près de la baie vitrée, ,était libre. Elles s'y installèrent, trois sur une banquette, deux sur une autre, aussi rapprochées que possible et se faisant presque vis-a-vis.

Que de fois elles s'étaient promenées, formant ainsi deux groupes à un pas de distance, dans la cour de la chère école En ce temps-là, si proche d'elles encore, elles pouvaient causer. A présent elles n'en avaient plus la force. Elles n'étaient plus que des êtres déprimés, aux yeux rougis par les larmes, si malheureuses que leur affection même leur défendait de parler.

D'ailleurs, aucune ne put même en former la pensée. Dès qu'elle se vit entourée de ses filles, la vieille Alsacienne dit. Nous allons réciter le rosaire. La prière ne cessera que quand je resterai seule. Elles cherchèrent et trouvèrent avec difficulté, dans leurs poches de robes laïques, leur rosaire. Et le Pater, puis les Ave formèrent, entre les cinq femmes en deuil, un murmure à peine perceptible, que traversait, sans l'interrompre,tantôt le siffletd'une locomotive, le roulement d'un train, tantôt le claquement des portes, le pas précipité des voyageurs traversant la salle.

Personne ne s'occupait de ces voyageuses mal fagotées, si pauvres, immobiles, penchées sans doute pour écouter le récit d'une mort. Les voyageurs les prenaient pour une famille en deuil. Et ils ne se trompaient pas. De temps à autre, un employé apparaissait à l'entrée de la salle, du côté du quai, et jetait le nom des villes vers lesquelles un train allait partir.

Mais ce n'était pas l'heure encore. Les noms fatals, Mâcon, Marseille, Ambérieu, n'avaient pas été prononcés. L'homme se retirait, ne sachant 'pas qu'il était, pour ces femmes, comme le bourreau qui appelait dans les prisons, sous la Terreur, les condamnés, un à un.

Il s'éloignait, et la prière continuait. Ora pro nobis, peccatoribus, nunc et! Un autre Ave succéda à celui-là. Quelques minutes s'écoulèrent, et ce fut son tour de partir, et elle se leva, et s'inclina, et sortit en sanglotant. Derrière elle, deux voix psalmodiaient encore, dans la désolation de deux âmes, la prière à la Vierge. Pendant que Catilina travaillait à organiser sa conspiration à Rome et dans 1 Italie, il avait pris une résolution dont nous sommes d'abord un peu étonnés il s'était décidé, avant de prendre les armes, à essayer encore une fois la fortune d'une élection.

Peut être avait-il tort de mêler ensemble un complot et une candidature, mais on a vu quel était le prestige de la dignité consulaire et que les plus audacieux conspirateurs hésitaient à tenter leur entreprise tant qu'ils n'en avaient pas été revêtus.

Catilina d'ailleurs avait toujours les yeux sur Sylla, qui était son maître et son modèle, et il espérait arriver comme lui par le consulat au pouvoir suprême. Il se mit donc de nouveau sur les rangs aux comices électoraux pour La lutte était sérieuse, et les concurrens redoutables. Nous connaissons parmi eux Servius Sulpicius, le plus grand jurisconsulte de ce temps D. Junius Silanus, un honnête homme, sans grand éclat, mais riche et généreux qui, pendant qu'il était édile, 1 Voyez la Revue du 15 mars et du i" avril.

Le succès de Silanus paraissait certain c'était un de ces hommes de second ordre qui n'inquiètent personne. Sulpicius l'emportait par son illustration sur tous ses rivaux, mais il était surtout apprécié des gens instruits et des lettrés, qui lui savaient gré d'avoir essayé d'introduire un peu de philosophie dans le droit romain. Malheureusement c'est un genre de mérite auquel le suffrage universel devait être peu sensible.

De plus, on lui reprochait quelques-uns des défauts de sa profession, un respect peut-être trop scrupuleux de la légalité et un esprit de chicane. H voyait des délits partout et menaçait sans cesse les gens de leur faire des procès. Malgré ses menaces, la loi. Murena, au contraire, qui était un soldat,menait la campagne électorale avec plus de rondeur et d'adresse il devait plaire à la populace par l'ascendant qu'exerce toujours sur elle la décision et la belle humeur.

Habile à se tenir sur les confins de la loi, il fit donner des jeux et offrir des repas au peuple par ses amis et ses parens enfin, il sut se servir à propos du nom de Pompée, son général, qui était alors très populaire, et du prestige de la guerre d'Orient, qui venait de s'achever d'une manière si glorieuse. La lutte électorale, dont nous ne connaissons pas tous les incidens,dut être très vive. Soit par une sorte de forfanterie qui lui était naturelle, soit qu'il entrât dans ses vues d'enrayer de plus en plus les peureux, il ne prenait pas la peine.

Dans une séance du Sénat. Cicéron, qui était parfaitement informé de tout, résolut d'en profiter. C'était justement la veille de l'élection il demanda qu'elle fût retardée, alléguant sans doute qu'il pourrait être dangereux d'y procéder le lendemain.

Le Sénat y consentit avec empressement. Il paraissait plein de bonne volonté, décidé à prendre des mesures énergiques mais quand, deux jours après, il se réunit de nouveau, ses dispositions n'étaient plus les mêmes la nuit avait porté conseil.

On ignore l'époque où se fit l'élection, mais du moment que Catilina n'était pas poursuivi, il n'y avait pas de raison de la reculer indéfiniment; elle dut avoir lieu au mois d'août ou de septembre. Catilina conserva jusqu'à la fin son assurance. Il marchait la tête haute, la figure joyeuse, au milieu de cette brillante jeunesse qui le suivait partout, escorté de'délateurs et d'assassins, fier de traîner après lui tout une armée de gens qui lui étaient arrivés d'Arretium et de Fa'sula' car il avait fait venir d'Étrurie pour la circonstance Manlius avec une partie des siens.

Il espérait bien que l'élection ne se passerait pas sans quelque bataille, et surtout, il avait donné l'ordre que le consul n'en sortît pas vivant. Mais Cicéron était prévenu et il avait pris ses précautions; tous les jeunes chevaliers formaient comme une garde autour de lui. Pour montrer aux conjurés qu'il n'ignorait pas leurs projets et faire connaître aux bons citoyens que sa vie était menacée, il s'était couvert d'une cuirasse brillante qu'on entrevoyait sous sa.

Est-ce, comme il se plaît à. La lutte eut un épilogue. Avec l'aide de Caton, un grand homme de bien, mais un assez petit esprit, il s'empressa de le déférer aux tribunaux. Cicéron, qui avait jusque-là soutenu Sulpicius, une fois Murena nommé, n'hésita pas à prendre sa défense.

Il avait raison on ne devait pas faire courir de nouveau la chance à la république de tomber dans les mains de Catilina; il fallait qu'aux calendes de janvier elle eût ses deux consuls pour la protéger.

Ce plaidoyer était donc une bonne action, ce fut en même temps un fort beau discours; il n'en a guère prononcé de meilleur. Mais ce n'était pas une charge pour lui, c'était un divertissement et une distraction qu'il se donnait. Il était heureux de s'évader un moment de la politique pour retourner à ces débats judiciaires qui étaient son domaine naturel du premier coup, dès qu'il y mettait le pied, il retrouvait sa liberté d'esprit, sa gaîté, sa malice, et oubliait tout le reste.

Sans doute Sulpicius et Caton étaient ses amis; mais n'est-ce pas de ses meilleurs amis qu'on connaît le mieux les défauts? Il savait, par une expérience de tous les jours, qu'il y avait chez le bon Sulpicius un fond de légiste vétilleux et de doctrinaire gourmé, que l'honnête Caton était le plus t6tu et le plus maladroit des hommes, et il ne résista pas au plaisir de le dire.

Mais les contradictions ne lui coûtaient guère, et on ne lui en tenait pas rigueur; Murena fut acquitté. La lutte était donc finie Catilina n'avait plus aucun moyen de rester dans la légalité, et il se trouvait définitivement enfermé dans sa conjuration. Puisqu'elle va devenir désormais sa seule occupation et sa dernière ressource, c'est le moment, à ce qu'il me semble, de l'étudier de plus près, et d'en préciser, s'il se peut, le véritable caractère.

Le programme de Catilina n'a pas été probablement conçu d'un seul coup et il a dû se modifier selon les circonstances. On peut soupçonner, par exemple, qu'il n'était pas tout à fait lé même pendant ses candidatures qu'après son échec. Mais si au fond les projets restaient les mêmes, il est évident qu'étant au pouvoir, tout lui eût été plus facile, et qu'il n'aurait pas ou besoin de recourir aux mêmes violences.

Dans tous les cas, s'il a changé, il ne nous est pas possible de tenir compte de ces variations que nous ignorons entièrement. Bornons-nous à connaître ses derniers desseins, ceux qu'il a formés quand il n'avait plus aucun ménagement à garder. Il lui semblait donc que la conjuration de Catilina. On est d'abord frappé de voir que, contrairement à ce qui était arrivé jusque-là, la politique proprement dite y tienne si peu de place.

Cicéron soutient, dans un de ses momens d'optimisme, qu'après toutes les concessions que le peuple a obtenues, il n'y a rien qui puisse le séparer des chefs de l'État, qu'il ne lui reste plus rien à désirer, et qu'il n'a pas de motif de faire des révolutions nouvelles.

C'est aller bien loin, d'autant mieux qu'on fait souvent des révolutions sans motif. Il est pourtant certain qu'en ce moment les graves questions de politique intérieure, pour lesquelles on avait livré tant de batailles, étaient résolues ou près de l'être. Depuis longtemps la plèbe avait conquis l'accès à toutes les fonctions publiques, et si l'aristocratie, grâce au prestige dont elle jouissait encore, continuait d'accaparer les plus hautes dignités, le succès de Marius et de Cicéron aux comices consulaires prouve qu'il n'était pas impossible de les lui i arracher.

A la suite de la guerre sociale, qui venait de finir, les Italiens avaient obtenu le droit de cité romaine, et les quelques pays, comme la Gaule cisalpine, qui ne le possédaient pas encore, ne devaient pas tarder à le recevoir. Le peuple était donc à demi satisfait, et il était naturel qu'il commençât à se désintéresser des questions qui ,passionnaient ses pères.

Aussi n'en trouve-t-on aucune trace dans les programmes qu'on prête à Catilina. On ne voit pas non plus qu'il se soit abrité sous quelque grand nom populaire, comme ses prédécesseurs le faisaient volontiers.

Ils y trouvaient ce double avantage d'hériter des partisans que le personnage avait laissés et de rëaumef tout leur programme en un seul mot. Il avait suffi à. César de dire qu'il venait venger Marius pour se trouver tout de suite à la tête d'un parti. Catilina ne semble pas s'être mis derrière personne. Qui donc en effet aurait-il choisi pour patron? Que voulait-il donc faire? Pour en être parfaitement informé, il aurait fallu se glisser, avec ceux de ses partisans dont il était le plus sur, dans cette partie retirée de sa maison où il les réunissait, assister à cette assemblée de famille, concio domestica, comme l'appelle Cicéron, l'entendre exposer ses plans avec cette fermeté et cette franchise auxquelles ses adversaires mêmes rendent hommage.

Par malheur, nous sommes réduits à recueillir et à reproduire, en essayant de l'interpréter, ce que les écrivains de ce temps en ont pu savoir et ce qu'ils veulent bien nous en dire. Dans deux passages très importans de son petit livre, Salluste nous renseigne sur les projets de Catilina. L'un est la lettre de Manlius, le chef des conjurés d'Etrurie, à Q. Marcius Rex, ancien consul. Le ton en est respectueux et modéré c'est un centurion qui s'adresse à un général. Il n'y faut chercher que la plainte un peu affaiblie de petites gens que la misère a poussés a la révolte et qui s'en excusent.

Ils prennent les dieux et les hommes à témoin de leurs bonnes intentions leur requête est modeste; il ne s'agit plus, comme du temps où les plébéiens se retiraient sur le Mont Sacré, de demander une part dans le gouvernement de la cité; il leur suffit qu'on ne les mette plus en prison, quand ils ne peuvent pas payer leurs dettes.

La loi lé défend, mais ni les usuriers, ni le préteur, ne respectent la loi. Ce sont, au moins en apparence, des révoltés timides et qui paraissent décidés autant que possible à ne pas sortir de la légalité. Catilina parle d'une autre façon dans le discours que Salluste lui fait tenir aux conjurés de Rome, à l'époque de sa candidature consulaire.

Il n'a autour de lui que des amis sûrs; il peut leur dire ce qu'il pense et leur annoncer ce qu'il veut faire.

C'est qu'en réalité, ce n'est pas Catilina luimême que nous entendons, mais Salluste, et qu'il s'exprime en orateur d'école plus qu'en conspirateur. Il n'y a plus rien à dire sur cette habitude des historiens de l'antiquité de prêter à leurs personnages des discours de leur invention.

Nous la condamnons aujourd'hui, mais les gens de leur époque leur en faisaient de grands complimens, et il est bien probable que les histoires de Salluste étaient surtout lues à cause des discours qu'elles contenaient. Celui de Catilina, qui est l'un des plus renommés, peut nous faire comprendre de quelle façon ils étaient ordinairement composés. Les écrivains, qui n'étaient que de purs rhéteurs, se contentaient de fabriquer des pièces d'éloquence pour faire admirer leur talent; les autres, comme Salluste et Tacite, cherchent à les accommoder à la situation véritable; ils font dire à celui qui parle, sinon ce qu'il a dit réellement, au moins ce qu'il a dû dire, en sorte que ces discours ne sont pas sans utilité pour les historiens de nos jours et qu'ils peuvent être consultés avec profit, pourvu qu'ils le soient avec précaution.

C'est ce que nous montre fort bien celui de Catilina. Il s'y trouve certainement de la rhétorique, c'est-à-dire une certaine façon de remplacer le détail exact par des généralités et d'avoir moins de souci de la vérité précise que de la vraisemblance.

Dans l'état de désorganisation sociale où l'on se trouvait, la liberté était ce qui leur manquait le moins; ils avaient besoin -l'autre chose. On le voit bien, du reste, dans le discours luimême, tel qu'il est, si l'on néglige les formes oratoires, qui sont une nécessité du genre, et qu'on aille droit au fond des choses.

Que reproche en réalité Catilina à cette faction d'aristocrates qui détiennent le pouvoir, sinon d'accaparer la fortune publique et de ne pas lui en laisser une part? S'il leur en veut d'occuper les plus hautes dignités, c'est qu'ils y trouvent l'occasion de s'approprier tout l'argent que les rois, les tétrarques, les nations.

Ils bâtissent plusieurs palais qui se suivent, et nous autres, nous n'avons pas même quelque part un foyer de famille. Ils ont beau faire toutes les folies, acheter des tableaux, des statues, des vases ciselés, démolir les maisons qu'ils viennent de construire pour en élever d'autres, ces bourreaux d'argent, malgré leurs efforts, ne réussissent pas à venir à bout de leur fortune.

Et nous, quel est notre lot? La misère chez nous, des dettes au dehors, un triste présent, un avenir plus triste encore; c'est à peine s'il nous reste ce misérable souffle qui nous fait vivre. Il me semble donc que ce discours, quand on sait le lire, contient la pensée de Catilina. Elle est plus visible encore dans les quelques lignes dont Salluste le fait suivre. Nous souhaiterions sans doute que ce programme nous fût parvenu dans la forme qu'il lui avait donnée.

On détruisait les registres anciens sur lesquels les dettes étaient inscrites, et, sur les nouveaux, les dettes étaient diminuées ou entièrement supprimées. L'État était intervenu déjà plusieurs fois pour régler de cette manière les différends entre les créanciers et les débiteurs.

On se souvenait qu'en , le consul Valerius Flaccus avait réduit les dettes d'un quart. C'est probablement ce que Catilina se proposait de faire. Par malheur, nous n'avons de Catilina que deux lettres de quelques lignes. Elle est expliquée et commentée par quelques propos qu'il avait tenus dans une réunion de ses partisans, et que Cicéron a rapportés.

Les promesses des gens riches et puissans ne doivent pas inspirer de confiance aux citoyens pauvres et ruinés. Que ceux qui veulent réparer leurs pertes et rentrer dans leurs biens tiennent surtout compte, dans celui qui doit les conduire, de ce qu'il a perdu, de ce qui lui reste, de ce qu'il est capable d'oser. A des misérables, il faut un chef misérable et audacieux, qui marche à leur tête.

Cicéron nous dit que ce langage frappa Rome de terreur. Ce n'était pas celui des agitateurs ordinaires, et même ceux qui avaient dit à peu près les mêmes choses les disaient d'un autre ton. Il ne s'adresse plus, comme ses prédécesseurs, aux passions politiques c'est un mouvement social qu'il veut soulever.

L'idée nous viendrait tout de suite qu'il veut parler de ces gens si nombreux dans notre société, qui vivent péniblement de leur salaire quotidien, ouvriers des ateliers, des fabriques, des manufactures, employés du petit commerce, travailleurs des champs, qui, après avoir été longtemps les opprimés, sont en train de devenir les maîtres, et seront demain peut-être les oppresseurs. Mais n'oublions pas que nous sommes à Rome, où il y a peu de com-.

Ce n'est pas pour eux que Catilina risquerait sa vie. Cicéron nous dit qu'il n'y en a jamais eu autant à Rome qu'à cette époque; il s'en trouve à tous les rangs de la société. En bas, sont les victimes de la petite usure, ces paysans qu'on a peu à peu chassés de leur champ, ces colons, à qui l'on a distribué des terres, mais qui n'ont pas su les cultiver, et sont vite devenus la proie des usuriers de village, les plus malhonnêtes et les plus cruels de tous. Manlius s'est fait leur interprète dans cette lettre à Q.

Marcius Rex, dont il vient d'être question. Comme ils ont mené grandement l'existence, qu'ils étaient joueurs, prodigues, débauchés, ils ont eu bientôt fait de dissiper leur patrimoine et de perdre leur crédit. C'est à ceux-là que songe Catilina dans ses discours, et ils l'écoutent avec transport parce qu'il leur apporte le moyen de refaire d'un seul coup leur fortune. Comment espère-t-il y arriver? Il n'a jamais varié dans les moyens qu'il indique.

Comme il sait que ceux 'qui possèdent le pouvoir et la fortune ne se laisseront pas dépouiller sans résister, il ne peut espérer réussir que par la violence. Ses moyens de succès sont l'assassinat et l'incendie. Voici, dans ses détails, le dernier plan qu'il ait imaginé, tel qu'il l'envoyait à ses complices de Rome, par un de ses émissaires, T.

Volturcius, qui se fit prendre au pont Milvius. Tout était préparé et réglé d'avance. L'incendie devait être allumé dans douze quartiers différons, de façon que tout flambàt à la fois. Plutarque ajoute qu'on devait tuer tous ceux qui essayeraient de l'éteindre, et, pour leur en ôter le moyen, boucher les prises d'eau. Chacun avait ses victimes désignées; Céthégus s'était chargé de Cicéron. Pendant ce temps, les soldats de Catilina arrêteraient ceux qui tenteraient de fuir, en sorte que personne ne pourrait échapper.

La besogne ainsi mise en train, les conjurés de l'intérieur se réuniraient à ceux qui entouraient la ville, et tous s'avançant ensemble, la curée commencerait. Mais je ne crois pas qu'ici ces hypothèses puissent être acceptées. Non seulement tous les écrivains de l'antiquité rapportent ces projets sinistres et donnent sur eux des détails précis, mais Cicéron les a reprochés à Catilina lui-même en plein Sénat, dans une séance solennelle, et nous ne voyons' pas que Catilina s'en soit défendu.

Le lendemain, quand il venait de partir, Cicéron a repris les mêmes accusations, en présence de ses complices, qu'il semblait désigner de son geste vengeur: A la vérité, ceux qui se refusent à l'en croire capable répondent qu'il n'était pas homme à commettre des crimes inutiles et qu'ils ont peine à comprendre de quelle utilité ceux-là étaient pour lui.

César n'aurait pas parlé tout à fait ainsi. Il aurait vu toute une école révolutionnaire employer des moyens terribles, incendier et tuer sans scrupule et au hasard, pour épouvanter la société, et, grâce à ces sinistres avertissemens, lui arracher le triomphe de leurs doctrines. On peut croire que c'était aussi le dessein de Catilina. Même quand on prouverait qu'en soi la destruction de quelques maisons et la mort de quelques personnes n'étaient pas pour lui d'un grand profit, il est sûr qu'il y gagnait de faire peur à tout le monde, de paralyser les résistances, de rendre facile le grand bouleversement qu'il préparait.

Nous avons trouvé tout à l'heure dans certains de ses propos l'accent des socialistes de nos jours. Ne peut-on pas dire que ces incendies et ces massacres ressemblent de quelque façon aux procédés ordinaires de nos anarchistes?

Ces rapprochemens, qui viennent naturellement à l'esprit, font comprendre comment l'histoire d'aujourd'hui explique celle d'autrefois. Si l'on en croit Salluste, Catilina redoubla d'activité après son second échec.

Lui-même ne sort plus qu'armé 1 , et il invite ses amis à faire comme lui. Il les exhorte à être toujours attentifs et préparés. Nuit et jour, il se démène, sans que l'insomnie et le travail puissent un seul instant l'abattre. Comme il apprend qu'un jeune homme, L. Pour faire croire qu'il n'a rien à se reprocher et qu'il défie les soupçons, il offre de devancer l'accusation et de se constituer prisonnier.

On sait qu'à Rome, certaines personnes avaient le privilège de n'être pas enfermées dans la prison commune.

On les donnait à garder à des magistrats, ou même à des particuliers, qui en répondaient. Catilina demanda à être interné chex M. On comprend l'épouvante de Cicéron a cette proposition.

Comment lui, qui ne se croyait pas en sûreté dans la même ville que Catilina, aurait-il accepté de vivre dans la même maison? Repoussé de toutes les honnêtes gens qui ne voulaient pas se charger d'un prisonnier aussi dangereux, il fut réduit à s'installer chez un compère, M.

Marcellus, où tout le monde savait bien qu'il serait libre de faire ce qu'il voudrait, en sorte que cette manifestation, sur laquelle il comptait pour persuader les gens crédules de son innocence, ne lui servit qu'à diminuer le prestige que lui donnait son audace.

Rien en ce moment ne semblait lui réussir. Les pièges qu'il tendait au consul étaient déjoués; il ne pouvait former quelque projet qui ne fût aussitôt découvert et prévenu. Ces contretemps devaient lui être très sensibles et le faisaient douter pour la première fois du succès de son entreprise. Il ne leur parle plus du même ton. Au contraire, les vieux soldats qui lui arrivaient de tous les côtés de l'Étrurie lui paraissaient braves, résolus. Il ne comptait plus que sur eux pour tenter la fortune; il s'apprêtait à les aller trouver au plus tôt et à se mettre à leur tête.

Surtout il avait une hâte fébrile d'en finir. Cicéron était au courant de tout ce qui se préparait. Le 21 octobre, il annonça au Sénat que tout était prêt pour une prise d'armes six jours plus tard, Manlius devait commencer les hostilités en Étrurie; le lendemain, à Rome, on procéderait aux.

Ces nouvelles, dont il attestait la certitude, remplirent les sénateurs d'indignation et de terreur. C'était la célèbre formule qui ordonnait aux consuls de veiller au salut de la République et leur conférait l'autorité nécessaire pour la sauver. Il semble que Cicéron, aussitôt qu'il fut armé de ces pouvoirs, aurait dû s'en servir. Il n'avait pas de temps à perdre en frappant sans retard le chef du complot et ses partisans, il pouvait prévenir la guerre civile. Quelques-uns de ses amis trouvaient qu'il n'en avait pas seulement le droit, mais que c'était son devoir.

Lui-même, quand il se rappelait les exemples qu'avaient donnés les aïeux, se faisait d'amers reproches. D'abord, il faut bien l'avouer, les résolutions énergiques n'étaient pas dans son caractère; mais, de plus, il avait ici des raisons d'hésiter qui se seraient imposées à de plus fermes que lui.

Dans les circonstances graves où il se trouvait, quand il savait que tant de gens étaient prêts à se mettre du côté de Catilina, il ne pouvait tenter un coup d'autorité qu'à la condition d'être sûr qu'il serait approuvé et suivi de tout son parti.

Or ce parti était celui des modérés, des conservateurs, et la pratique des affaires lui avait appris que l'énergie, la persistance, la décision ne sont pas leurs qualités ordinaires, et que, comme il le dit, le gouvernement est en général mieux attaqué qu'il n'est défendu. Il connaissait ses amis à merveille, et les divisait en deux catégories, très différentes entre elles, mais également dangereuses pour la République.

Mais peut-être fallait-il se méfier encore plus des autres. Ce sont ceux qui, sous le prétexte qu'ils n'ont pas peur, ne veulent pas croire aux dangers qu'on leur signale, et empêchent de prendre des précautions pour les éviter.

Ils étaient fort nombreux dans l'entourage de Cicéron, parmi ces hommes d'esprit et ces gens du monde auxquels convient un air de scepticisme élégant, et qui craignent avant tout de paraître crédules et dupés. Ils avaient cette tactique ordinaire de fermer les yeux aux complots qu'on leur signalait, soit pour n'avoir pas l'air de les craindre, soit pour échapper à l'ennui d'en être d'avance préoccupés.

Cicéron s'irritait de cette obstination d'incrédulité. Mais il comprenait bien qu'en présence de tant d'ennemis déclarés ou secrets, de tant de gens faibles et complaisans disposés d'avance à tout excuser, il ne pouvait entrer en campagne qu'avec un parti uni et convaincu. Il lui fut très difficile d'y réussir; peutêtre a-t-il eu moins de peine à vaincre la conjuration qu'a en démontrer l'existence.

Il était pourtant inévitable qu'elle fût un jour ou l'autre découverte de façon à convaincre les plus incrédules. De sinistres avertissemens arri. Une nuit, Cicéron fut réveillé par une visite fort inattendue. C'était Crassus, qui semblait jusque-là soutenir Catilina, mais qui avait pris peur depuis qu'il voyait clairement que les conjurés en voulaient à la propriété et à la fortune.

Crassus venait apporter à Cicéron des lettres qu'il avait reçues. Il y en avait une pour lui, qu'il avait lue; d'autres pour des sénateurs, qu'il n'avait pas voulu ouvrir, de peur de se compromettre. Celle qui lui était adressée et qui ne portait pas de signature, annonçait qu'il se préparait un grand massacre et lui conseillait de s'éloigner de Rome. En même temps on reçut de graves nouvelles de l'Étrurie. Suenius, apporta dans le Sénat des lettres qu'il disait arriver de Faesulai, dans lesquelles on lui mandait que Manlius avait pris les armes le 27 octobre et qu'il avait avec lui une troupe nombreuse.

Avant de partir, il réunit une dernière fois ses partisans, non pas chez lui, où la réunion pouvait être surprise et dispersée, mais chez Porcius Laeca, un de ses amis, qui demeurait dans la rue des Taillandiers, située probablement dans quelque faubourg solitaire. C'était pendant la nuit du 6 novembre.

Mais enfin, après quelque hésitation, deux des conjurés, C. Cornelius, un chevalier romain et le sénateur Vargunteius s'offrirent à tenter l'entreprise. Ils promirent d'aller cette nuit même, au petit jour, avec des hommes armés, comme pour saluer le consul, et de le frapper dans son atrium, tandis que, selon l'habitude, il recevrait ses cliens.

Le danger était pressant, mais Curius, l'espion de Cicéron, l'avait fait prévenir, et il avait pris ses précautions. Quand les assassins se présentèrent, malgré leur insistance pour entrer, on leur ferma la porte 1 , et ils s'en retournèrent chez eux.

En même temps qu'il échappait à ce péril, le consul était informé des résolutions qu'avaient arrêtées les conjurés pendant la nuit. Il fallait, avant tout, prendre des mesures pour les déjouer et convoquer immédiatement le Sénat.

C'est ce qu'on fit sans retard. Le Sénat se réunit donc dans l'après-midi du 7 novembre, et Cicéron y prononça la première Catilinaire. La première Catilinaire est la plus célèbre de toutes. C'est la seule que Salluste ait mentionnée; c'est celle que, du temps de 1 Exclusi sunt, dit simplement Cicéron, et Salluste janua prohibili.

Ces expressions étranges me font souvenir d'un mot piquant de Sieyès. Pendant le Directoire, époque de désorganisation sociale qui rappelle les derniers temps de la république romaine, un certain Poulie avait pénétré dans la maison de Sieyès et lui avait tiré sans résultat un coup de pistolet. A l'époque où nous n'avions pas encore l'expérience des révolutions populaires, nous en demandions le spectacle à J'antiquité, et l'on comprend bien que cette lutte dramatique d'un grand orateur et d'un grand agitateur, avec le Sénat pour témoin et la République pour enjeu, ait passionné les imaginations.

Encore aujourd'hui, quoique les scènes de ce genre aient beaucoup perdu pour nous de leur nouveauté, nous ne lisons pas ce beau discours sans émotion. Mais nous ne pourrons le goûter tout à fait que s'il n'y reste rien d'obscur, et, pour dissiper toutes les obscurités, quelques explications sont nécessaires. Il faut d'abord se bien pénétrer de la situation de l'orateur et de ceux devant lesquels il va parler. Cicéron tient tous les fils de la conjuration.

A plusieurs reprises, il a communiqué ce qu'il savait au Sénat, mais il n'a réussi à provoquer, parmi les défenseurs de l'ordre établi, qu'un mouvement éphémère; après quelques velléités de résistance énergique, ils sont retombés dans leur apathie.

Cette fois, l'occasion lui paraît bonne pour achever de les entraîner. Il sait que les sénateurs arrivent à la séance pleins d'émotion et de colère. Ce qui s'était passé la veille chez La'ca, le matin chez le consul, commençait à être connu, On avait remarqué que, pendant la nuit, les patrouilles avaient été plus nombreuses. Le Sénat devait se tenir dans le temple de Jupiter Stator, une sorte de forteresse, vers le haut de la Voie Sacrée, qu'il était facile de défendre contre une surprise.

Au-dessus, le long des rampes du Palatin, on avait rangé ce que Rome possédait de troupes de police les chevaliers romains, ces fidèles alliés du consul qui lui rendirent tant de services pendant les derniers mois, entouraient le temple. On nous dit que cette jeunesse ardente, quand elle voyait passer quelque personnage, qu'on soupçonnait d'être favorable aux conjurés, l'accueillait par des murmures et qu'on avait grand'peine à l'empêcher de se jeter sur lui.

C'est au milieu de ces agitations, devant un auditoire inquiet, tumultueux, de gens effrayés ou menaçans, que Cicéron prit la parole. Avant de nous occuper de la première Catilinaire telle que nous l'avons aujourd'hui, il y a une question qu'il faut vider. Ce discours n'est certainement pas tout à fait celui que le Sénat entendit dans la journée du 7 novembre. Salluste dit que Cicé-. Ainsi le premier, le véritable discours avait été improvisé. Dans l'éloquence politique des Romains, l'improvisation était la règle.

Rome étant un pays libre, la parole y a toujours joui d'un grand crédit, et un homme qui ne savait pas parler n'y pouvait arriver à rien.

Mais parler, c'était proprement agir 1 , et la parole n'avait de prix qu'autant qu'elle pouvait amener un résultat. Le résultat obtenu et l'affaire finie, le discours qui avait produit son effet ne conservait aucune raison d'être, et, dans les premiers temps surtout, on n'y songeait plus.

C'est un peu plus tard, quand la cité se fut étendue au delà des premières limites, qu'il y eut des Romains dans les municipes et les colonies des environs, et qu'il fut utile de les mettre au courant de ce qui se passait à Rome, qu'on dut avoir l'idée d'y répandre les discours qui avaient obtenu quelque succès au Forum.

On les écrivit donc, mais après qu'ils avaient été prononcés, et dans leur forme primitive, en les modifiant surtout pour les abréger et les réduire à l'essentiel. Quant à écrire d'avance un plaidoyer, un discours politique, pour le lire ou le réciter, c'était si peu l'usage qu'on remarqua, comme une chose singulière, qu'Hortensius l'eût fait lorsqu'il défendit Messala.

Cicéron s'est donc conduit ici comme à son ordinaire, il a improvisé d'abord son discours, et ne l'a écrit que pour le donner au public. Si cette fois il a tardé trois ans avant de le publier, il faut l'attribuer sans doute tux événemens qui ont suivi et qui lui laissèrent peu de liberté.

Qu'il ne se soit pas fait beaucoup de scrupules de le modifier en l'écrivant, on n'en peut guère douter; c'était son habitude. L'important serait de savoir quelle est la nature de ces modifications, et si elles allaient jusqu'à altérer d'une manière grave la forme ou le fond de l'ancien discours.

De ce discours primitif, il ne reste rien; et pourtant nous avons la chance de pouvoir nous en faire quelque idée. Le lendemain du jour où s'était tenue la séance du Sénat, Cicéron crut devoir raconter au peuple ce qu'on y avait fait, et voici, d'après ce récit, comment les choses ont dû se passer. Au début, au lieu de proposer un ordre du jour, comme c'était l'usage, et de demander à chaque sénateur son opinion, Cicéron crut devoir user 1 Dé H sans doute l'expression agere causam, pour signifier plaider n" procès, et le mot d'actio pour dire un plaidoyer.

Il est probable qu'on croyait que Catilina n'aurait pas l'audace de se présenter, mais il tenait à donner le change jusqu'au bout et il voulait se justifier s'il était attaqué. Quand on le vit entrer, personne ne s'approcha de lui pour l'entretenir, personne ne répondit à son salut. On s'éloignait à son approche, et sur le banc où il s'assit, il se trouva seul.

Cet accueil, auquel il n'était pas accoutumé, dut le surprendre et l'intimider; Cicéron au contraire, y puisa une énergie qui ne lui était pas ordinaire. S'adressant à Catilina et le faisant lever, il lui demanda ce qu'il avait fait la veille et s'il n'avait pas assisté à la réunion qui s'était tenue chez Laeca. Catilina, troublé par la vivacité de l'attaque, et encore plus par l'attitude de ses collègues, ne répondit rien.

Ce silence d'un homme si audacieux d'ordinaire était déjà un grand succès pour Cicéron, et il en a triomphé plus tard. Aussitôt il en profite pour le presser de questions: Catilina, de plus en plus troublé, n'oppose à ces violentes attaques que des réponses embarrassées.

C'est, comme on le voit, le sujet même et presque les expressions de la première Catilinaire. La seule différence est que cette partie avait été précédée dans le discours original par une sorte de combat singulier entre les deux adversaires, qui ne se retrouve plus, au moins sous cette forme, dans celui que nous possédons.

Chez nous, dans nos assemblées politiques, les luttes personnelles sont sévèrement défendues. Le règlement les interdit, et dès qu'elles menacent de se produire, le président, sans y réus-. A Rome, on leur laissait une pleine liberté. Sous le nom d'altercatio ou d'interrogatio, elles avaient pris une place régulière, officielle, dans les combats de la parole; tantôt elles précédaient le discours suivi oratio perpetua , tantôt elles lui succédaient il y avait même des cas où elles étaient tout le discours, par exemple dans les affaires criminelles, où le témoin était livré à l'avocat de l'adversaire, qui l'embarrassait de questions insidieuses, le troublait, le raillait, pour le rendre ridicule ou suspect.

Avec la vivacité de son esprit et sa verve mordante, il devait y être incomparable. Mais quand plus tard il donnait son discours au public, il comprenait bien que l'altercatio n'y pouvait guère avoir de place. C'est ce qu'il a fait pour la première Catilinaire.

L'altercatio en a disparu, et pourtant il semble qu'en cherchant bien, on en retrouve quelque trace. L'ardeur de la lutte y est restée, et même dans ces phrases qui se suivent, le dialogue parfois se devine. Si dans cette partie même, où il ne pouvait pas reproduire exactement le discours primitif, il tient encore à s'en rapprocher, s'il veut au moins de quelque manière en rappeler le souvenir, pourquoi s'en éloignerait-il ailleurs sans nécessité?

C'est ce qu'il a fait pour ses autres discours, c'est ce qu'il a dû faire pour celui-ci. Sans doute, il n'est pas impossible qu'il ait cru devoir appuyer sur quelques points, qu'il avait plus rapidement traités la première fois, encore que la première Catilinaire soit assez courte et dans les limites ordinaires d'un discours sénatorial; peut-être aussi a-t-il arrondi quelques périodes, ajouté quelque trait piquant, quelque épithète élégante, par amour-propre incurable de lettré mais ces changemens ont dû être de fort peu d'importance, et l'on est en droit de croire que, pour l'essentiel, le discours que nous lisons aujourd'hui est à peu près le même que celui qui fut prononcé devant le Sénat romain dans cette glorieuse journée.

Ce point acquis, abordons le discours lui-même. Rien de plus délicat, de plus compliqué que les circonstances dans lesquelles Cicéron prend la parole. Il veut obtenir de Catilina qu'il s'éloigne volontairement de Rome. Il emploie, pour le convaincre, toutes les ressources de son art il mêle les menaces aux prières; il énumère, avec une franchise qui ne paraît pas toujours fort adroite, les raisons qu'il a de le lui demander.

On ne sera pas surpris qu'il songe à sa sécurité personnelle. Souvenonsnous que le matin même il avait été l'objet d'une tentative d'assassinat, et que ce n'était pas la première. Après avoir essayé plusieurs fois de le faire tuer sur la voie publique, on venait d'envoyer des gens l'assassiner chez lui.

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Pas plus; vous irez couper le buis, et vous trouverez bien quelque autre ami qui nous l'apportera? Elle avait fait amener à l'école une charrette à bras toute pleine de feuillages, et maintenant, dans la grande salle, nue comme les autres, salle de réunion générale, salle de récréation quand il pleuvait, salle de spectacle, une fois par an, le mardi gras, où les petites jouaient une comédie, trois femmes,. Elles portaient une provision de feuillages dans le pli de leurs robes relevées.

Celle-ci, grande, brune, élancée, large d'épaules et à laquelle manquait seulement, pour s'épanouir en beauté, la richesse du sang, ne souffrait que de son métier, sûrement. Ses joues maigres et d'une pâleur bleue, son nez étroit, portaient, comme des colonnes trop minces, ce front blanc, et ces yeux démesurés de longueur et enveloppés d'ombre.

C'était la veille de la distribution. Louise Casale, et les autres, de distance en distance, sur les guirlandes de buis, fixaient une rose en papier, de celles qui avaient servi à dix décorations semblables, et n'étaient fleurs que de bien loin.

J'en ai vingt mètres au moins, dit Louise. Encore deux mètres, et j'aurai fini. Moi, j'ai les doigts verts. Heureusement nous ne posons les guirlandes que demain matin. Elle ne reçut pas ds réponse. On entendit, mêlé au bruit des buis froissés, le roulement des camions dans les rues voisines. Eh bien n'est-ce pas que vous partez? Qu'il y a quelque chose? Qu'on vous chasse N'est-ce pas que j'ai deviné? Elles étaient l'une près de l'autre, comme deux tisserandes au bout de leur câble.

Elles avaient cessé de travailler. Elle ne se détourna pas. Mais ses doigts cessèrent de serrer les brins de buis sur l'axe de la guirlande. Mais elle pouvait regarder cette enfant que le hasard, et je ne sais quoi de plus, rapprochait d'elle en cette heure suprême. Et c'est ce qu'elle fit. Désespérante amitié Étrangères la veille,. Sous sa guimpe, sa poitrine se soulevait. Louise Casale, plus grande, se pencha aussi vers elle, et dit, approchant ses lèvres du voile noir.

Je ne suis pas dévote comme vous, mais j'aimais à venir chez vous. Il m'est passé des idées par l'esprit. Ce sont des bêtises que j'aurais du garder pour moi. C'est bien fini, allez. Quand vous serez parties, je serai pareille aux autres. Ce sera la récréation. Je ne te chasse pas, Louise! Qu'as-tu, avec ton air de tragédie? Louise jetait à terre le buis qu'elle avait serré dans sa robe. La supérieure cria, dans le corridor, espérant que la voix rattraperait la visileuse et son secret.

Elles se rangèrent encore trois d'un côté, deux de l'autre, se faisant vis-à-vis. Les deux c'étaient Edwige et Pascale. Mais elles ne restèrent pas sous le toit du préau, et descendirent dans la cour.

C'était la loi de leur vie et leur vocation qui les appelaient là. Comme les amans qui reviennent aux choses et aux sites témoins de leurs amours et refont, dans les traces anciennes, le chemin qu'ils firent une fois, elles avaient besoin de passer leur dernière heure de liberté là où avaient vécu, toutes à la fois et de leur vie pleine, les enfans auxquelles elles s'étaient dévouées,' les raisons de leur sacrifice, et les causes innocentes de toutes leurs souffrances.

En sortant de là, elles savaient que, tout à l'heure, elles iraient à l'église, et, que ce soir, il n'y aurait pas de veillée générale, à cause des derniers préparatifs pour le lendemain.

Le soleil, très incliné, dorait toute la poussière de l'air, et il n'y avait pas un atome, pas un débris informe qui ne devînt de la lumière dès qu'il était soulevé au-dessus du sol. Le quartier travaillait, suait, souffrait, et achevait son jour d'été semblable aux autres jours d'été.

Tous les ouvriers étaient à leur poste, les employés à leur bureau, les patrons devant leur téléphone ou leur table de travail, donnant des ordres. Cependant une perte immense se préparait pour eux tous cinq femmes faisaient, dans cette cour, leur dernière promenade avant de quitter le. Elles parties, c'étaient d'innombrables existences moralement appauvries, modifiées, méconnaissables, privées de l'éducation, de l'influence, de l'exemple qui les eût faites bonnes ou meilleures.

Une richesse, à laquelle beaucoup s'intéressaient moins qu'à l'autre, finissait. Une douleur que peu de personnes pouvaient plaindre groupait et troublait, malgré l'habitude qu'elles,, avaient "de se vaincre, cinq créatures 'supérieures au monde. Les cinq femmes se promenaient dans la cour, allant d'un mur à l'autre. Ont-elles joué là où nous sommes 1. Elles pensaient toutes aux filles d'ouvriers pour lesquelles tous ces matériaux avaient été employés, les pierres dressées en murs, les ardoises posées sur les toits, la terre nivelée, leur vie à elles dépensée, presque entière, à moitié, ou un peu moins.

Les voix, les regards, les mots doux et profonds, les confidences reçues, les. Il faudra prier pour elles, chaque jour que vous vivrez. Ce sera votre présence muette et éternelle ici. Il n'y eut que des signes de tête. Nous commencerons par la messe, comme il convient, un jour d'épreuves. Puis, vous irez clouer les guirlandes. Il faut que les enfans gardent le souvenir, d'un peu de joie autour de nous, puisqu'il sera si difficile d'en montrer, ce jourlà, sur nos visages. Le soleil s'inclina tout à fait.

C'était la minute brève ou il fallait se dire le véritable adieu. Demain, personne ne devrait pleurer. On le pouvait ce soir, si on était faible. Les cinq femmes s'étaient arrêtées, dans l'angle de la cour, à l'orient. Elles s'étaient rapprochées en cercle. A peine si, des fenêtres d'une maison faisant suite à l'école, là-bas, on aurait pu voir le groupe de robes bleues et de voiles noirs dans le carré pelé de la cour.

La supérieure dit, en ouvrant les bras. Venez, mes chères filles, que je vous embrasse. Puis, si vous avez quelque recommandation à vous faire, les unes aux autres, profitez du peu de temps qui reste. Elle ouvrit les bras. Les quatre religieuses, l'une après l'autre, par rang d'ancienneté, vinrent recevoir le baiser de paix. Cela signifiait tout sa tendresse humaine et religieuse. Quand elle eut serré dans ses bras la dernière de ses filles qui était Pascale, elle la retint, et lui dit, ne pouvant en dire plus long, car les sanglots l'étouffaient.

Aussitôt après, elle se détourna, suivie de la réglementaire, que le devoir ramenait une dernière fois vers sa cloche. Les trois autres demeurèrent. Je vous aimais tendrement. Je continuerai en priant. Je ne vous l'aurais pas dit, si nous n'étions pas à la fin de la vie commune. Vous êtes inquiète à cause de moi? Où serai-je comme ici?. La cloche sonna la dernière rentrée. Deux femmes jeunes, lentes, courbées sur leur peine, traversèrent, à quelques mètres l'une de l'autre, sans plus se parler, la cour, où leurs pas effaçaient encore des pas d'enfans.

Non, je ne crois pas l'avoir fait. Mon Dieu, je me souviens des mortes que j'ai aimées, des vivantes que j'aime. Et j'ai été portée, assurément, par une sympathie, vers plusieurs mais là où elle n'était pas, vous avez mis la charité, et, vous aidant ma faiblesse, je ne crois pas avoir été injuste dans le partage de moi-même.

J'ai eu le dégoût de la fréquente hypocrisie, de la saleté, de l'odeur, de l'insistance de la misère il en a peu paru au dehors. Les autres n'ont eu du monde que le vent qui souffle sous les portes. Je le vois à leurs yeux qui sont clairs, et à leur gaîté qui est plus jeune que chacune d'elles. Même Pascale, qui n'est forte que parce qu'elle s'appuie, est restée bien libre d'esprit, et bien heureuse, je crois, parmi nous, jusqu'à ces derniers jours.

Il y a plusieurs de mes filles qui ont sûrement encore leur âme de baptême. Moi, je suis vieille; je n'ai jamais eu peur des mots, même gros, et vous m'avez donné cette grâce d'oublier très vite, en pensant au remède, le mal qu'il faut que je voie. Mes filles ont eu la protection de nos murs, du grand travail, de la fatigue, des enfans, de la règle, de la prière, celle de ma présence, et de la vôtre avant tout.

J'ai eu la vanité trop vive des examens; j'ai cherché, en y croyant trop, les certificats, les belles pages d'écriture, les analyses sans faute, les lectures sans arrêt mes petites ont pu croire, parfois, que c'était là le principal.

Et le principal, c'était Vous. C'est Vous qui leur manquez, dans leur ménage, et dans leurs peines, et dans leur mort. Non, je ne l'ai pas assez fait voir, que j'étais, avant tout, maîtresse de divin, professeur de l'énergie et de la joie qui viennent de Vous. Mes petites ont si grand besoin de votre aide Elles meurent si tôt, à leur deuxième enfant, trop souvent; elles n'apprennent plus rien qui les relève et les fortifie, quand elles sortent d'ici elles ont tant de bonne volonté, tant d'honneur mystérieux dans leurs pauvres veines pâles, tant de goût caché pour Vous qu'elles aperçoivent parfois, qu'elles reconnaissent alors avec adoration, comme quelqu'un de la famille ancienne, qui sait tout ce qu'on a souffert, et ce qu'il aurait fallu pour qu'on fût tout à fait bien!

Je ne sais ce que je vais devenir. Si je dois enseigner encore, j'aurai moins de vanité de nos succès humains, et plus d'intelligence de la vraie détresse de mon quartier nouveau. Je vous demande pardon. C'est si difficile de ne jamais nous aimer Je ferai mieux. Je viens d'examiner le passé. Je ne découvre qu'un peu trop d'humanité en moi. Mon Dieu n'a pas été offensé ce n'est qu'une épreuve j'accepte. Le dernier coup de marteau donné, elles descendirent.

Trois petites d'une douzaine d'années, deux chèvres tristes et une grosse fille joufflue, qui les aidaient, allèrent ouvrir la porte de la salle, puis, en suivant le corridor, celle de la maison d'école. Tu déchires ta robe!

Oh là là, est-on pressé ça me serre Eh bien il y en a de la guirlande! Et les prix, ils sont beaux En auras-tu, toi, Marie? Les grandes se mettaient à gauche, sur des bancs parallèles à ceux des petites. Les enfans se séparaient des groupes familiaux, dès la porte d'entrée, et l'on entendait les baisers. Avez-vous entendu dire que l'école va. Ça en serait un malheur! Au fond à droite, au milieu des petites. Qui est-ce qui lui parle? Elle lui apporte un cadeau?

Oui, qu'est-ce que c'est?. Mais non, mon bonhomme, ils disent ça pour monter le monde contre le gouvernement. Tenez, elle met la malle dans le coin, avec un tapis dessus. Goubaud restait dur de visage, soulevé àu-dessus de sa chaise, les sourcils rapprochés, la main gauche tordant sa longue barbe noire mêlée de poils gris. Aurélie, de la part de ses parens, avait apporté une petite valise, carton recouvert de toile, qui ne servait guère chez les Thiolouse.

Prenez je l'ai apporté pour vous. Je l'ai pris sur la cheminée. La petite, radieuse, y posait avec hâte un coquillage à lèvres roses, armé d'épines flamboyantes. On avait dû en parler chez elle. Elle n'a pas l'air triste. Avec elle, ça ne dit rien, l'air. Oui, mais pas de ne rien faire, répondait la voisine sans comprendre; ce n'est pas de la graisse, c'est de l'âge, père Goubaud.

Il n'y avait pas de curé, en effet. On toussa; les chaises furent remuées. Elle ne sera pas solennelle, comme d'habitude. Il n'y aura pas de chansons. Nous regrettons beaucoup de vous remettre si tôt vos enfans; on nous l'a demandé, à cause des circonstances.

Tous ceux qui sont nos amis écouteront en silence la lecture du palmarès, et puis s'en retourneront chez eux. Pour nous, j'ai conscience que nous vous avons servis de notre mieux.

Alors, vous vous en allez? Mais non T'as rien compris — Silence Des enfans pleuraient tout haut. Et cela dura jusque vers onze heures et demie. Alors, le bruit assourdissant des pas et des voix s'éleva de nouveau, dans l'air lourd, et saturé de l'odeur de misère.

Le quartier avait fait sa dernière visite à l'école. Il s'éloignait, il rassemblait ses enfans, et, sans doute, il n'oubliait pas les maîtresses mais la hâte de rentrer, le travail, le besoin de respirer mieux, l'attrait de la rue, l'attrait du cabaret, le simple exemple des autres qui se dirigeaient vers la porte, tous ces pauvres motifs, ajoutés à la timidité, à l'absence complète d'initiative, chez beaucoup d'assistans, rendaient minime le nombre des parens qui remontaient vers le haut de la salle, vers l'estrade où quelques élèves, plus affectueuses, ou' plus fières de leur succès, ou plus misérables et abandonnées, formaient, autour des quatre religieuses, massées sur l'estrade, un groupe diminuant.

Et bientôt, elles furent seules sur l'estrade. Par lassitude, par besoin d'appuyer leurs épaules et leurs têtes lasses, elles s'étaient reculées jusqu'au mur, et elles étaient là, immobiles, les mains jointes, désormais délivrées de la contrainte du sourire, et elles regardaient ces nuques, ces dos d'hommes et de femmes, serrés en lignes, sur toute la longueur de la pièce, et qui s'éloignaient à jamais.

C'était leur bien qui s'en allait, leur richesse, leurs obligés, ceux qui avaient eu faim et soif, ceux qui avaient pleuré. Elles reconnaissaient encore, dans le lointain, quelques mères, quelques enfans, au mouvement du cou, à des vêtemens qui ne changeaient pas avec les saisons. Elles goûtaient chacune, aveceffroi, la cruauté des reconnaissances humaines elles pensaient à ce qu'il avait fallu de souffrance, de patience, et d'élan, et d'oubli, et envers combien d'enfans, pour acheter le baiser, ou le.

Une caresse légère tira Pascale de cette vision du passé. Si je pouvais l'emporter avec moi 1. Elles sortaient de leur songe. Les religieuses, n'ayant plus d'enfans, plus d'école, plus d'habitudes à suivre, hésitaient, et se demandaient comment employer l'heure ou les deux heures qu'elles avaient encore à passer chez elles. Tout le devoir était rempli. Notre mère, il reste encore une demi-bouteille de vin, de l'eau et du pain.

Et elle fit le geste qu'elle faisait si souvent, ouvrant à demi les bras pour rassembler ses filles et les pousser en avant. Elles avaient retrouvé leur liberté d'esprit.

Elles causaient, sans faire allusion à ce qui allait venir. Et presque aussitôt, on sonna à la porte d'entrée. Rapidement, elle se leva, suivit le couloir, et, se raidissant, d'un geste ferme, elle ouvrit la porte de son école et de sa maison. Deux hommes saluèrent, l'un en levant son chapeau melon, en s'inclinant un peu, avec l'évident désir d'être correct, l'autre d'un signe de sa tète bilieuse et chafouine.

C'était le commissaire de police et son greffier. Vous me permettez d'entrer? Il ne se souciait pas de s'expliquer sur le seuil, et d'ameuter les passans autour des groupes déjà formés sur la place. Le secrétaire se glissa derrière lui, et ferma la porte presque entièrement. Vous venez prendre leur bien. Je vous l'ai dit, ça ne me regarde pas. Mais je vous dis, pour que vous le répétiez, que vous commettez trois injustices en détruisant mon école, qui est celle des pauvres et des chrétiens, en prenant notre bien, et en nous chassant de notre domicile, comme vous allez le faire.

La voix résonna dans les couloirs. Un groupe d'élèves et de parens, qui avaient un soupçon plus ferme que les autres, étaient restés à cinquante mètres de là, près du mur de l'église. Ils n'étaient guère qu'une trentaine. L'arrivée du commissairs de police avait fait s'arrêter, en outre, devant l'école, des passans et des errans.

Un cri de femme s'éleva. Je fais arrêter le premier qui manifeste! Et vous, les nonnes, défilez-vous, et vite! Les agens bousculèrent les femmes, et injurièrent celle qui venait de crier. Elle continua de foncer dans les remous d'une foule mêlée. Des hommes, à droite, autour d'un arbre, hurlaient: Le petit groupe avait traversé la place.

Les agens, voyant que le cortège allait s'engager dans le large cours qui mène à L't gare, et que la démonstration pouvait devenir une manifestation, se jetèrent sur la grappe de femmes et d'enfans qui enveloppaient les expulsées, et l'émiettèrent. Les deux autres par ici! Vous vous retrouverez plus tard! Ce fut la fin des protestations. Puis le calme apparent se rétablit. Quelques pauvres pleuraient seuls, en regagnant leur logement.

Après la seconde volée d'escalier, les voyageuses s'arrêtèrent et, des profondeurs d'un vaste appartement, on entendit venir le pas d'une domestique.

Celle-ci était évidemment prévenue. Madame va venir à l'instant. Elle poussait, en parlant, une porte de chêne ciré, haute, tournant sur des gonds de cuivre, et qui ouvrait, ainsi que trois autres du même style, sur le vestibule. C'était l'ancienne salle à manger de l'appartement.

Les soeurs s'étaient avancées jusqu'au milieu, et s'y tenaient debout. Elles auraient pu se croire dans un couvent riche, dans cette demeure de vieux Lyonnais. Par l'autre extrémité, une femme âgée entra, de moyenne taille, mince, myope, et qui ressemblait étonnamment aux têtes de cire représentant les vieilles dames et exposées aux vitrines des coiffeurs bandeaux soufflés, blancs et lisses, visage petit, très peu ridé, encore parcouru, çà et là, par le sang demeuré jeune, et un sourire égal, avec peu de vie dans des yeux très luisans.

Elle fit une révérence. Vous venez an vestiaire des sécularisées? N'avez-vous pas été trop brutalement jetées hors de chez vous? J'ai justement là le costume de deuil d'une jeune fille de nos amies.

Elle semblait faire l'article pour une maison de modes. Aucune des cinq religieuses n'avait commencé à se dévêtir. Elles attendaient maintenant, sans le dire, l'ordre de quitter le vêtement béni. Puis les mains se levèrent, pour détacher les voiles et les coiffes, pour dégrafer les robes de bure, qui tombèrent d'une pièce sur le parquet. Il n'y eut plus, à la place des cinq religieuses que beaucoup de passans, dans la rue, saluaient d'une inclination de tête, ou d'une pensée de haine, que cinq femmes vêtues d'une chemise montante, d'un jupon de laine grise, et dont les cheveux, blancs, châtains ou blonds, coupés au bas de la nuque comme ceux des pages d'au-.

Avec des épingles et des rubans noirs, on avait relevé les cheveux tant bien que mal, puis on les avait cachés sous les formes défraîchies de chapeaux de deuil, ou de demi-deuil. C'est peut-être simplement que je n'avais pas l'habitude de me regarder dans une glace. Borménat tâchait de rassembler et do nouer les rares cheveux de la supérieure. Celle-ci, qui se taisait, assaillie par trop d'émotions successives qu'elle ne voulait pas dire, arrêta son regard sur la chevelure mutilée, mais admirable encore, de la fille du vieil Adolphe Mouvand.

Vit-elle, repousséc, dressée en chignon, lustrée par le vent et le soleil, cette paille dorée et ardente? Trouva-t-elle trop jolie, en ce moment même, dans son costume de demoiselle, cette enfant qu'elle aimait? Elle échappa aux mains de son habilleuse, et, une de ses mèches dressée au-dessus de son crâne et attachée avec un cordon noir, une autre tombant sur l'oreille droite, elle vint, les traits tirés, jusqu'à la jeune fille.

Pourquoi ai-je consenti à me séparer. Allons, mon enfant, venez mettre votre chapeau, nous sommes les dernières. H y avait encore deux chapeaux sur la console, à côté du miroir, un de paille noire, orné d'une couronne de petites paquerettes artificielles, très flétries et retombant sur leurs tiges, et une capote de tulle ruché, poussiéreuse et lourde. Elle désignait la capote de deuil.. Vous n'allez pas vous mettre des pâquerettes sur la tête, madame?

Et elle piqua, sur ses cheveux blancs, la forme de paille noire garnie de vieilles fleurs pendantes. Elle eût été ridicule, en effet, pour d'autres; elle le serait dans la rue. Elle reprit son humeur ferme, sa parole toute simple et sans embarras, pour remercier l'intendante du vestiaire des laïcisées. La vieille dame salua, sourit avec réserve et compassion, et elle regarda descendre, dans la spirale de pierre de l'escalier, les cinq femmes dépoétisées, et qui n'avaient plus, pour se défendre contre te monde, ce voile, cette bure, ce rosaire qui disent que c'est une chair pénitente et vouée à Dieu qui passe.

Les autres, trop incertaines de leur destinée, avaient confié, à la garde de l'oeuvre, ces reliques de leur vie d'élection et de leur passé heureux. Elles ne se parlaient plus l'une à l'autre. N'ayant plus de maison, elles se rendirent à la gare, et demandèrent la salle d'attente des voyageurs de troisième classe.

Le coin du fond, près de la baie vitrée, ,était libre. Elles s'y installèrent, trois sur une banquette, deux sur une autre, aussi rapprochées que possible et se faisant presque vis-a-vis. Que de fois elles s'étaient promenées, formant ainsi deux groupes à un pas de distance, dans la cour de la chère école En ce temps-là, si proche d'elles encore, elles pouvaient causer. A présent elles n'en avaient plus la force.

Elles n'étaient plus que des êtres déprimés, aux yeux rougis par les larmes, si malheureuses que leur affection même leur défendait de parler. D'ailleurs, aucune ne put même en former la pensée. Dès qu'elle se vit entourée de ses filles, la vieille Alsacienne dit. Nous allons réciter le rosaire. La prière ne cessera que quand je resterai seule. Elles cherchèrent et trouvèrent avec difficulté, dans leurs poches de robes laïques, leur rosaire. Et le Pater, puis les Ave formèrent, entre les cinq femmes en deuil, un murmure à peine perceptible, que traversait, sans l'interrompre,tantôt le siffletd'une locomotive, le roulement d'un train, tantôt le claquement des portes, le pas précipité des voyageurs traversant la salle.

Personne ne s'occupait de ces voyageuses mal fagotées, si pauvres, immobiles, penchées sans doute pour écouter le récit d'une mort.

Les voyageurs les prenaient pour une famille en deuil. Et ils ne se trompaient pas. De temps à autre, un employé apparaissait à l'entrée de la salle, du côté du quai, et jetait le nom des villes vers lesquelles un train allait partir. Mais ce n'était pas l'heure encore. Les noms fatals, Mâcon, Marseille, Ambérieu, n'avaient pas été prononcés. L'homme se retirait, ne sachant 'pas qu'il était, pour ces femmes, comme le bourreau qui appelait dans les prisons, sous la Terreur, les condamnés, un à un.

Il s'éloignait, et la prière continuait. Ora pro nobis, peccatoribus, nunc et! Un autre Ave succéda à celui-là. Quelques minutes s'écoulèrent, et ce fut son tour de partir, et elle se leva, et s'inclina, et sortit en sanglotant. Derrière elle, deux voix psalmodiaient encore, dans la désolation de deux âmes, la prière à la Vierge. Pendant que Catilina travaillait à organiser sa conspiration à Rome et dans 1 Italie, il avait pris une résolution dont nous sommes d'abord un peu étonnés il s'était décidé, avant de prendre les armes, à essayer encore une fois la fortune d'une élection.

Peut être avait-il tort de mêler ensemble un complot et une candidature, mais on a vu quel était le prestige de la dignité consulaire et que les plus audacieux conspirateurs hésitaient à tenter leur entreprise tant qu'ils n'en avaient pas été revêtus.

Catilina d'ailleurs avait toujours les yeux sur Sylla, qui était son maître et son modèle, et il espérait arriver comme lui par le consulat au pouvoir suprême.

Il se mit donc de nouveau sur les rangs aux comices électoraux pour La lutte était sérieuse, et les concurrens redoutables. Nous connaissons parmi eux Servius Sulpicius, le plus grand jurisconsulte de ce temps D. Junius Silanus, un honnête homme, sans grand éclat, mais riche et généreux qui, pendant qu'il était édile, 1 Voyez la Revue du 15 mars et du i" avril. Le succès de Silanus paraissait certain c'était un de ces hommes de second ordre qui n'inquiètent personne. Sulpicius l'emportait par son illustration sur tous ses rivaux, mais il était surtout apprécié des gens instruits et des lettrés, qui lui savaient gré d'avoir essayé d'introduire un peu de philosophie dans le droit romain.

Malheureusement c'est un genre de mérite auquel le suffrage universel devait être peu sensible. De plus, on lui reprochait quelques-uns des défauts de sa profession, un respect peut-être trop scrupuleux de la légalité et un esprit de chicane.

H voyait des délits partout et menaçait sans cesse les gens de leur faire des procès. Malgré ses menaces, la loi. Murena, au contraire, qui était un soldat,menait la campagne électorale avec plus de rondeur et d'adresse il devait plaire à la populace par l'ascendant qu'exerce toujours sur elle la décision et la belle humeur.

Habile à se tenir sur les confins de la loi, il fit donner des jeux et offrir des repas au peuple par ses amis et ses parens enfin, il sut se servir à propos du nom de Pompée, son général, qui était alors très populaire, et du prestige de la guerre d'Orient, qui venait de s'achever d'une manière si glorieuse.

La lutte électorale, dont nous ne connaissons pas tous les incidens,dut être très vive. Soit par une sorte de forfanterie qui lui était naturelle, soit qu'il entrât dans ses vues d'enrayer de plus en plus les peureux, il ne prenait pas la peine. Dans une séance du Sénat. Cicéron, qui était parfaitement informé de tout, résolut d'en profiter.

C'était justement la veille de l'élection il demanda qu'elle fût retardée, alléguant sans doute qu'il pourrait être dangereux d'y procéder le lendemain.

Le Sénat y consentit avec empressement. Il paraissait plein de bonne volonté, décidé à prendre des mesures énergiques mais quand, deux jours après, il se réunit de nouveau, ses dispositions n'étaient plus les mêmes la nuit avait porté conseil. On ignore l'époque où se fit l'élection, mais du moment que Catilina n'était pas poursuivi, il n'y avait pas de raison de la reculer indéfiniment; elle dut avoir lieu au mois d'août ou de septembre.

Catilina conserva jusqu'à la fin son assurance. Il marchait la tête haute, la figure joyeuse, au milieu de cette brillante jeunesse qui le suivait partout, escorté de'délateurs et d'assassins, fier de traîner après lui tout une armée de gens qui lui étaient arrivés d'Arretium et de Fa'sula' car il avait fait venir d'Étrurie pour la circonstance Manlius avec une partie des siens. Il espérait bien que l'élection ne se passerait pas sans quelque bataille, et surtout, il avait donné l'ordre que le consul n'en sortît pas vivant.

Mais Cicéron était prévenu et il avait pris ses précautions; tous les jeunes chevaliers formaient comme une garde autour de lui.

Pour montrer aux conjurés qu'il n'ignorait pas leurs projets et faire connaître aux bons citoyens que sa vie était menacée, il s'était couvert d'une cuirasse brillante qu'on entrevoyait sous sa. Est-ce, comme il se plaît à. La lutte eut un épilogue. Avec l'aide de Caton, un grand homme de bien, mais un assez petit esprit, il s'empressa de le déférer aux tribunaux. Cicéron, qui avait jusque-là soutenu Sulpicius, une fois Murena nommé, n'hésita pas à prendre sa défense.

Il avait raison on ne devait pas faire courir de nouveau la chance à la république de tomber dans les mains de Catilina; il fallait qu'aux calendes de janvier elle eût ses deux consuls pour la protéger.

Ce plaidoyer était donc une bonne action, ce fut en même temps un fort beau discours; il n'en a guère prononcé de meilleur. Mais ce n'était pas une charge pour lui, c'était un divertissement et une distraction qu'il se donnait. Il était heureux de s'évader un moment de la politique pour retourner à ces débats judiciaires qui étaient son domaine naturel du premier coup, dès qu'il y mettait le pied, il retrouvait sa liberté d'esprit, sa gaîté, sa malice, et oubliait tout le reste.

Sans doute Sulpicius et Caton étaient ses amis; mais n'est-ce pas de ses meilleurs amis qu'on connaît le mieux les défauts? Il savait, par une expérience de tous les jours, qu'il y avait chez le bon Sulpicius un fond de légiste vétilleux et de doctrinaire gourmé, que l'honnête Caton était le plus t6tu et le plus maladroit des hommes, et il ne résista pas au plaisir de le dire.

Mais les contradictions ne lui coûtaient guère, et on ne lui en tenait pas rigueur; Murena fut acquitté. La lutte était donc finie Catilina n'avait plus aucun moyen de rester dans la légalité, et il se trouvait définitivement enfermé dans sa conjuration.

Puisqu'elle va devenir désormais sa seule occupation et sa dernière ressource, c'est le moment, à ce qu'il me semble, de l'étudier de plus près, et d'en préciser, s'il se peut, le véritable caractère.

Le programme de Catilina n'a pas été probablement conçu d'un seul coup et il a dû se modifier selon les circonstances. On peut soupçonner, par exemple, qu'il n'était pas tout à fait lé même pendant ses candidatures qu'après son échec. Mais si au fond les projets restaient les mêmes, il est évident qu'étant au pouvoir, tout lui eût été plus facile, et qu'il n'aurait pas ou besoin de recourir aux mêmes violences.

Dans tous les cas, s'il a changé, il ne nous est pas possible de tenir compte de ces variations que nous ignorons entièrement. Bornons-nous à connaître ses derniers desseins, ceux qu'il a formés quand il n'avait plus aucun ménagement à garder. Il lui semblait donc que la conjuration de Catilina. On est d'abord frappé de voir que, contrairement à ce qui était arrivé jusque-là, la politique proprement dite y tienne si peu de place. Cicéron soutient, dans un de ses momens d'optimisme, qu'après toutes les concessions que le peuple a obtenues, il n'y a rien qui puisse le séparer des chefs de l'État, qu'il ne lui reste plus rien à désirer, et qu'il n'a pas de motif de faire des révolutions nouvelles.

C'est aller bien loin, d'autant mieux qu'on fait souvent des révolutions sans motif. Il est pourtant certain qu'en ce moment les graves questions de politique intérieure, pour lesquelles on avait livré tant de batailles, étaient résolues ou près de l'être. Depuis longtemps la plèbe avait conquis l'accès à toutes les fonctions publiques, et si l'aristocratie, grâce au prestige dont elle jouissait encore, continuait d'accaparer les plus hautes dignités, le succès de Marius et de Cicéron aux comices consulaires prouve qu'il n'était pas impossible de les lui i arracher.

A la suite de la guerre sociale, qui venait de finir, les Italiens avaient obtenu le droit de cité romaine, et les quelques pays, comme la Gaule cisalpine, qui ne le possédaient pas encore, ne devaient pas tarder à le recevoir. Le peuple était donc à demi satisfait, et il était naturel qu'il commençât à se désintéresser des questions qui ,passionnaient ses pères. Aussi n'en trouve-t-on aucune trace dans les programmes qu'on prête à Catilina.

On ne voit pas non plus qu'il se soit abrité sous quelque grand nom populaire, comme ses prédécesseurs le faisaient volontiers. Ils y trouvaient ce double avantage d'hériter des partisans que le personnage avait laissés et de rëaumef tout leur programme en un seul mot.

Il avait suffi à. César de dire qu'il venait venger Marius pour se trouver tout de suite à la tête d'un parti. Catilina ne semble pas s'être mis derrière personne. Qui donc en effet aurait-il choisi pour patron? Que voulait-il donc faire? Pour en être parfaitement informé, il aurait fallu se glisser, avec ceux de ses partisans dont il était le plus sur, dans cette partie retirée de sa maison où il les réunissait, assister à cette assemblée de famille, concio domestica, comme l'appelle Cicéron, l'entendre exposer ses plans avec cette fermeté et cette franchise auxquelles ses adversaires mêmes rendent hommage.

Par malheur, nous sommes réduits à recueillir et à reproduire, en essayant de l'interpréter, ce que les écrivains de ce temps en ont pu savoir et ce qu'ils veulent bien nous en dire. Dans deux passages très importans de son petit livre, Salluste nous renseigne sur les projets de Catilina.

L'un est la lettre de Manlius, le chef des conjurés d'Etrurie, à Q. Marcius Rex, ancien consul. Le ton en est respectueux et modéré c'est un centurion qui s'adresse à un général.

Il n'y faut chercher que la plainte un peu affaiblie de petites gens que la misère a poussés a la révolte et qui s'en excusent. Ils prennent les dieux et les hommes à témoin de leurs bonnes intentions leur requête est modeste; il ne s'agit plus, comme du temps où les plébéiens se retiraient sur le Mont Sacré, de demander une part dans le gouvernement de la cité; il leur suffit qu'on ne les mette plus en prison, quand ils ne peuvent pas payer leurs dettes.

La loi lé défend, mais ni les usuriers, ni le préteur, ne respectent la loi. Ce sont, au moins en apparence, des révoltés timides et qui paraissent décidés autant que possible à ne pas sortir de la légalité. Catilina parle d'une autre façon dans le discours que Salluste lui fait tenir aux conjurés de Rome, à l'époque de sa candidature consulaire. Il n'a autour de lui que des amis sûrs; il peut leur dire ce qu'il pense et leur annoncer ce qu'il veut faire.

C'est qu'en réalité, ce n'est pas Catilina luimême que nous entendons, mais Salluste, et qu'il s'exprime en orateur d'école plus qu'en conspirateur. Il n'y a plus rien à dire sur cette habitude des historiens de l'antiquité de prêter à leurs personnages des discours de leur invention. Nous la condamnons aujourd'hui, mais les gens de leur époque leur en faisaient de grands complimens, et il est bien probable que les histoires de Salluste étaient surtout lues à cause des discours qu'elles contenaient.

Celui de Catilina, qui est l'un des plus renommés, peut nous faire comprendre de quelle façon ils étaient ordinairement composés. Les écrivains, qui n'étaient que de purs rhéteurs, se contentaient de fabriquer des pièces d'éloquence pour faire admirer leur talent; les autres, comme Salluste et Tacite, cherchent à les accommoder à la situation véritable; ils font dire à celui qui parle, sinon ce qu'il a dit réellement, au moins ce qu'il a dû dire, en sorte que ces discours ne sont pas sans utilité pour les historiens de nos jours et qu'ils peuvent être consultés avec profit, pourvu qu'ils le soient avec précaution.

C'est ce que nous montre fort bien celui de Catilina. Il s'y trouve certainement de la rhétorique, c'est-à-dire une certaine façon de remplacer le détail exact par des généralités et d'avoir moins de souci de la vérité précise que de la vraisemblance. Dans l'état de désorganisation sociale où l'on se trouvait, la liberté était ce qui leur manquait le moins; ils avaient besoin -l'autre chose.

On le voit bien, du reste, dans le discours luimême, tel qu'il est, si l'on néglige les formes oratoires, qui sont une nécessité du genre, et qu'on aille droit au fond des choses. Que reproche en réalité Catilina à cette faction d'aristocrates qui détiennent le pouvoir, sinon d'accaparer la fortune publique et de ne pas lui en laisser une part?

S'il leur en veut d'occuper les plus hautes dignités, c'est qu'ils y trouvent l'occasion de s'approprier tout l'argent que les rois, les tétrarques, les nations.

Ils bâtissent plusieurs palais qui se suivent, et nous autres, nous n'avons pas même quelque part un foyer de famille. Ils ont beau faire toutes les folies, acheter des tableaux, des statues, des vases ciselés, démolir les maisons qu'ils viennent de construire pour en élever d'autres, ces bourreaux d'argent, malgré leurs efforts, ne réussissent pas à venir à bout de leur fortune.

Et nous, quel est notre lot? La misère chez nous, des dettes au dehors, un triste présent, un avenir plus triste encore; c'est à peine s'il nous reste ce misérable souffle qui nous fait vivre. Il me semble donc que ce discours, quand on sait le lire, contient la pensée de Catilina. Elle est plus visible encore dans les quelques lignes dont Salluste le fait suivre. Nous souhaiterions sans doute que ce programme nous fût parvenu dans la forme qu'il lui avait donnée.

On détruisait les registres anciens sur lesquels les dettes étaient inscrites, et, sur les nouveaux, les dettes étaient diminuées ou entièrement supprimées. L'État était intervenu déjà plusieurs fois pour régler de cette manière les différends entre les créanciers et les débiteurs. On se souvenait qu'en , le consul Valerius Flaccus avait réduit les dettes d'un quart. C'est probablement ce que Catilina se proposait de faire. Par malheur, nous n'avons de Catilina que deux lettres de quelques lignes.

Elle est expliquée et commentée par quelques propos qu'il avait tenus dans une réunion de ses partisans, et que Cicéron a rapportés. Les promesses des gens riches et puissans ne doivent pas inspirer de confiance aux citoyens pauvres et ruinés.

Que ceux qui veulent réparer leurs pertes et rentrer dans leurs biens tiennent surtout compte, dans celui qui doit les conduire, de ce qu'il a perdu, de ce qui lui reste, de ce qu'il est capable d'oser. A des misérables, il faut un chef misérable et audacieux, qui marche à leur tête. Cicéron nous dit que ce langage frappa Rome de terreur. Ce n'était pas celui des agitateurs ordinaires, et même ceux qui avaient dit à peu près les mêmes choses les disaient d'un autre ton.

Il ne s'adresse plus, comme ses prédécesseurs, aux passions politiques c'est un mouvement social qu'il veut soulever. L'idée nous viendrait tout de suite qu'il veut parler de ces gens si nombreux dans notre société, qui vivent péniblement de leur salaire quotidien, ouvriers des ateliers, des fabriques, des manufactures, employés du petit commerce, travailleurs des champs, qui, après avoir été longtemps les opprimés, sont en train de devenir les maîtres, et seront demain peut-être les oppresseurs.

Mais n'oublions pas que nous sommes à Rome, où il y a peu de com-. Ce n'est pas pour eux que Catilina risquerait sa vie. Cicéron nous dit qu'il n'y en a jamais eu autant à Rome qu'à cette époque; il s'en trouve à tous les rangs de la société. En bas, sont les victimes de la petite usure, ces paysans qu'on a peu à peu chassés de leur champ, ces colons, à qui l'on a distribué des terres, mais qui n'ont pas su les cultiver, et sont vite devenus la proie des usuriers de village, les plus malhonnêtes et les plus cruels de tous.

Manlius s'est fait leur interprète dans cette lettre à Q. Marcius Rex, dont il vient d'être question. Comme ils ont mené grandement l'existence, qu'ils étaient joueurs, prodigues, débauchés, ils ont eu bientôt fait de dissiper leur patrimoine et de perdre leur crédit.

C'est à ceux-là que songe Catilina dans ses discours, et ils l'écoutent avec transport parce qu'il leur apporte le moyen de refaire d'un seul coup leur fortune. Comment espère-t-il y arriver? Il n'a jamais varié dans les moyens qu'il indique. Comme il sait que ceux 'qui possèdent le pouvoir et la fortune ne se laisseront pas dépouiller sans résister, il ne peut espérer réussir que par la violence.

Ses moyens de succès sont l'assassinat et l'incendie. Voici, dans ses détails, le dernier plan qu'il ait imaginé, tel qu'il l'envoyait à ses complices de Rome, par un de ses émissaires, T. Volturcius, qui se fit prendre au pont Milvius. Tout était préparé et réglé d'avance.

L'incendie devait être allumé dans douze quartiers différons, de façon que tout flambàt à la fois. Plutarque ajoute qu'on devait tuer tous ceux qui essayeraient de l'éteindre, et, pour leur en ôter le moyen, boucher les prises d'eau. Chacun avait ses victimes désignées; Céthégus s'était chargé de Cicéron. Pendant ce temps, les soldats de Catilina arrêteraient ceux qui tenteraient de fuir, en sorte que personne ne pourrait échapper.

La besogne ainsi mise en train, les conjurés de l'intérieur se réuniraient à ceux qui entouraient la ville, et tous s'avançant ensemble, la curée commencerait. Mais je ne crois pas qu'ici ces hypothèses puissent être acceptées.

Non seulement tous les écrivains de l'antiquité rapportent ces projets sinistres et donnent sur eux des détails précis, mais Cicéron les a reprochés à Catilina lui-même en plein Sénat, dans une séance solennelle, et nous ne voyons' pas que Catilina s'en soit défendu. Le lendemain, quand il venait de partir, Cicéron a repris les mêmes accusations, en présence de ses complices, qu'il semblait désigner de son geste vengeur: A la vérité, ceux qui se refusent à l'en croire capable répondent qu'il n'était pas homme à commettre des crimes inutiles et qu'ils ont peine à comprendre de quelle utilité ceux-là étaient pour lui.

César n'aurait pas parlé tout à fait ainsi. Il aurait vu toute une école révolutionnaire employer des moyens terribles, incendier et tuer sans scrupule et au hasard, pour épouvanter la société, et, grâce à ces sinistres avertissemens, lui arracher le triomphe de leurs doctrines. On peut croire que c'était aussi le dessein de Catilina. Même quand on prouverait qu'en soi la destruction de quelques maisons et la mort de quelques personnes n'étaient pas pour lui d'un grand profit, il est sûr qu'il y gagnait de faire peur à tout le monde, de paralyser les résistances, de rendre facile le grand bouleversement qu'il préparait.

Nous avons trouvé tout à l'heure dans certains de ses propos l'accent des socialistes de nos jours. Ne peut-on pas dire que ces incendies et ces massacres ressemblent de quelque façon aux procédés ordinaires de nos anarchistes?

Ces rapprochemens, qui viennent naturellement à l'esprit, font comprendre comment l'histoire d'aujourd'hui explique celle d'autrefois. Si l'on en croit Salluste, Catilina redoubla d'activité après son second échec. Lui-même ne sort plus qu'armé 1 , et il invite ses amis à faire comme lui. Il les exhorte à être toujours attentifs et préparés. Nuit et jour, il se démène, sans que l'insomnie et le travail puissent un seul instant l'abattre. Comme il apprend qu'un jeune homme, L. Pour faire croire qu'il n'a rien à se reprocher et qu'il défie les soupçons, il offre de devancer l'accusation et de se constituer prisonnier.

On sait qu'à Rome, certaines personnes avaient le privilège de n'être pas enfermées dans la prison commune. On les donnait à garder à des magistrats, ou même à des particuliers, qui en répondaient.

Catilina demanda à être interné chex M. On comprend l'épouvante de Cicéron a cette proposition. Comment lui, qui ne se croyait pas en sûreté dans la même ville que Catilina, aurait-il accepté de vivre dans la même maison? Repoussé de toutes les honnêtes gens qui ne voulaient pas se charger d'un prisonnier aussi dangereux, il fut réduit à s'installer chez un compère, M.

Marcellus, où tout le monde savait bien qu'il serait libre de faire ce qu'il voudrait, en sorte que cette manifestation, sur laquelle il comptait pour persuader les gens crédules de son innocence, ne lui servit qu'à diminuer le prestige que lui donnait son audace. Rien en ce moment ne semblait lui réussir.

Les pièges qu'il tendait au consul étaient déjoués; il ne pouvait former quelque projet qui ne fût aussitôt découvert et prévenu. Ces contretemps devaient lui être très sensibles et le faisaient douter pour la première fois du succès de son entreprise.

Il ne leur parle plus du même ton. Au contraire, les vieux soldats qui lui arrivaient de tous les côtés de l'Étrurie lui paraissaient braves, résolus.

Il ne comptait plus que sur eux pour tenter la fortune; il s'apprêtait à les aller trouver au plus tôt et à se mettre à leur tête. Surtout il avait une hâte fébrile d'en finir.

Cicéron était au courant de tout ce qui se préparait. Le 21 octobre, il annonça au Sénat que tout était prêt pour une prise d'armes six jours plus tard, Manlius devait commencer les hostilités en Étrurie; le lendemain, à Rome, on procéderait aux.

Ces nouvelles, dont il attestait la certitude, remplirent les sénateurs d'indignation et de terreur. C'était la célèbre formule qui ordonnait aux consuls de veiller au salut de la République et leur conférait l'autorité nécessaire pour la sauver. Il semble que Cicéron, aussitôt qu'il fut armé de ces pouvoirs, aurait dû s'en servir. Il n'avait pas de temps à perdre en frappant sans retard le chef du complot et ses partisans, il pouvait prévenir la guerre civile. Quelques-uns de ses amis trouvaient qu'il n'en avait pas seulement le droit, mais que c'était son devoir.

Lui-même, quand il se rappelait les exemples qu'avaient donnés les aïeux, se faisait d'amers reproches. D'abord, il faut bien l'avouer, les résolutions énergiques n'étaient pas dans son caractère; mais, de plus, il avait ici des raisons d'hésiter qui se seraient imposées à de plus fermes que lui.

Dans les circonstances graves où il se trouvait, quand il savait que tant de gens étaient prêts à se mettre du côté de Catilina, il ne pouvait tenter un coup d'autorité qu'à la condition d'être sûr qu'il serait approuvé et suivi de tout son parti. Or ce parti était celui des modérés, des conservateurs, et la pratique des affaires lui avait appris que l'énergie, la persistance, la décision ne sont pas leurs qualités ordinaires, et que, comme il le dit, le gouvernement est en général mieux attaqué qu'il n'est défendu.

Il connaissait ses amis à merveille, et les divisait en deux catégories, très différentes entre elles, mais également dangereuses pour la République.

Mais peut-être fallait-il se méfier encore plus des autres. Ce sont ceux qui, sous le prétexte qu'ils n'ont pas peur, ne veulent pas croire aux dangers qu'on leur signale, et empêchent de prendre des précautions pour les éviter. Ils étaient fort nombreux dans l'entourage de Cicéron, parmi ces hommes d'esprit et ces gens du monde auxquels convient un air de scepticisme élégant, et qui craignent avant tout de paraître crédules et dupés.

Ils avaient cette tactique ordinaire de fermer les yeux aux complots qu'on leur signalait, soit pour n'avoir pas l'air de les craindre, soit pour échapper à l'ennui d'en être d'avance préoccupés. Cicéron s'irritait de cette obstination d'incrédulité. Mais il comprenait bien qu'en présence de tant d'ennemis déclarés ou secrets, de tant de gens faibles et complaisans disposés d'avance à tout excuser, il ne pouvait entrer en campagne qu'avec un parti uni et convaincu.

Il lui fut très difficile d'y réussir; peutêtre a-t-il eu moins de peine à vaincre la conjuration qu'a en démontrer l'existence. Il était pourtant inévitable qu'elle fût un jour ou l'autre découverte de façon à convaincre les plus incrédules. De sinistres avertissemens arri. Une nuit, Cicéron fut réveillé par une visite fort inattendue. C'était Crassus, qui semblait jusque-là soutenir Catilina, mais qui avait pris peur depuis qu'il voyait clairement que les conjurés en voulaient à la propriété et à la fortune.

Crassus venait apporter à Cicéron des lettres qu'il avait reçues. Il y en avait une pour lui, qu'il avait lue; d'autres pour des sénateurs, qu'il n'avait pas voulu ouvrir, de peur de se compromettre. Celle qui lui était adressée et qui ne portait pas de signature, annonçait qu'il se préparait un grand massacre et lui conseillait de s'éloigner de Rome.

En même temps on reçut de graves nouvelles de l'Étrurie. Suenius, apporta dans le Sénat des lettres qu'il disait arriver de Faesulai, dans lesquelles on lui mandait que Manlius avait pris les armes le 27 octobre et qu'il avait avec lui une troupe nombreuse.

Avant de partir, il réunit une dernière fois ses partisans, non pas chez lui, où la réunion pouvait être surprise et dispersée, mais chez Porcius Laeca, un de ses amis, qui demeurait dans la rue des Taillandiers, située probablement dans quelque faubourg solitaire. C'était pendant la nuit du 6 novembre. Mais enfin, après quelque hésitation, deux des conjurés, C.

Cornelius, un chevalier romain et le sénateur Vargunteius s'offrirent à tenter l'entreprise. Ils promirent d'aller cette nuit même, au petit jour, avec des hommes armés, comme pour saluer le consul, et de le frapper dans son atrium, tandis que, selon l'habitude, il recevrait ses cliens. Le danger était pressant, mais Curius, l'espion de Cicéron, l'avait fait prévenir, et il avait pris ses précautions. Quand les assassins se présentèrent, malgré leur insistance pour entrer, on leur ferma la porte 1 , et ils s'en retournèrent chez eux.

En même temps qu'il échappait à ce péril, le consul était informé des résolutions qu'avaient arrêtées les conjurés pendant la nuit. Il fallait, avant tout, prendre des mesures pour les déjouer et convoquer immédiatement le Sénat. C'est ce qu'on fit sans retard. Le Sénat se réunit donc dans l'après-midi du 7 novembre, et Cicéron y prononça la première Catilinaire.

La première Catilinaire est la plus célèbre de toutes. C'est la seule que Salluste ait mentionnée; c'est celle que, du temps de 1 Exclusi sunt, dit simplement Cicéron, et Salluste janua prohibili. Ces expressions étranges me font souvenir d'un mot piquant de Sieyès.

Pendant le Directoire, époque de désorganisation sociale qui rappelle les derniers temps de la république romaine, un certain Poulie avait pénétré dans la maison de Sieyès et lui avait tiré sans résultat un coup de pistolet. A l'époque où nous n'avions pas encore l'expérience des révolutions populaires, nous en demandions le spectacle à J'antiquité, et l'on comprend bien que cette lutte dramatique d'un grand orateur et d'un grand agitateur, avec le Sénat pour témoin et la République pour enjeu, ait passionné les imaginations.

Encore aujourd'hui, quoique les scènes de ce genre aient beaucoup perdu pour nous de leur nouveauté, nous ne lisons pas ce beau discours sans émotion.

Mais nous ne pourrons le goûter tout à fait que s'il n'y reste rien d'obscur, et, pour dissiper toutes les obscurités, quelques explications sont nécessaires. Il faut d'abord se bien pénétrer de la situation de l'orateur et de ceux devant lesquels il va parler.

Cicéron tient tous les fils de la conjuration. A plusieurs reprises, il a communiqué ce qu'il savait au Sénat, mais il n'a réussi à provoquer, parmi les défenseurs de l'ordre établi, qu'un mouvement éphémère; après quelques velléités de résistance énergique, ils sont retombés dans leur apathie. Cette fois, l'occasion lui paraît bonne pour achever de les entraîner. Il sait que les sénateurs arrivent à la séance pleins d'émotion et de colère. Ce qui s'était passé la veille chez La'ca, le matin chez le consul, commençait à être connu, On avait remarqué que, pendant la nuit, les patrouilles avaient été plus nombreuses.

Le Sénat devait se tenir dans le temple de Jupiter Stator, une sorte de forteresse, vers le haut de la Voie Sacrée, qu'il était facile de défendre contre une surprise. Au-dessus, le long des rampes du Palatin, on avait rangé ce que Rome possédait de troupes de police les chevaliers romains, ces fidèles alliés du consul qui lui rendirent tant de services pendant les derniers mois, entouraient le temple.

On nous dit que cette jeunesse ardente, quand elle voyait passer quelque personnage, qu'on soupçonnait d'être favorable aux conjurés, l'accueillait par des murmures et qu'on avait grand'peine à l'empêcher de se jeter sur lui. C'est au milieu de ces agitations, devant un auditoire inquiet, tumultueux, de gens effrayés ou menaçans, que Cicéron prit la parole.

Avant de nous occuper de la première Catilinaire telle que nous l'avons aujourd'hui, il y a une question qu'il faut vider. Ce discours n'est certainement pas tout à fait celui que le Sénat entendit dans la journée du 7 novembre.

Salluste dit que Cicé-. Ainsi le premier, le véritable discours avait été improvisé. Dans l'éloquence politique des Romains, l'improvisation était la règle. Rome étant un pays libre, la parole y a toujours joui d'un grand crédit, et un homme qui ne savait pas parler n'y pouvait arriver à rien.

Mais parler, c'était proprement agir 1 , et la parole n'avait de prix qu'autant qu'elle pouvait amener un résultat. Le résultat obtenu et l'affaire finie, le discours qui avait produit son effet ne conservait aucune raison d'être, et, dans les premiers temps surtout, on n'y songeait plus.

C'est un peu plus tard, quand la cité se fut étendue au delà des premières limites, qu'il y eut des Romains dans les municipes et les colonies des environs, et qu'il fut utile de les mettre au courant de ce qui se passait à Rome, qu'on dut avoir l'idée d'y répandre les discours qui avaient obtenu quelque succès au Forum.

On les écrivit donc, mais après qu'ils avaient été prononcés, et dans leur forme primitive, en les modifiant surtout pour les abréger et les réduire à l'essentiel. Quant à écrire d'avance un plaidoyer, un discours politique, pour le lire ou le réciter, c'était si peu l'usage qu'on remarqua, comme une chose singulière, qu'Hortensius l'eût fait lorsqu'il défendit Messala.

Cicéron s'est donc conduit ici comme à son ordinaire, il a improvisé d'abord son discours, et ne l'a écrit que pour le donner au public. Si cette fois il a tardé trois ans avant de le publier, il faut l'attribuer sans doute tux événemens qui ont suivi et qui lui laissèrent peu de liberté.

Qu'il ne se soit pas fait beaucoup de scrupules de le modifier en l'écrivant, on n'en peut guère douter; c'était son habitude. L'important serait de savoir quelle est la nature de ces modifications, et si elles allaient jusqu'à altérer d'une manière grave la forme ou le fond de l'ancien discours. De ce discours primitif, il ne reste rien; et pourtant nous avons la chance de pouvoir nous en faire quelque idée. Le lendemain du jour où s'était tenue la séance du Sénat, Cicéron crut devoir raconter au peuple ce qu'on y avait fait, et voici, d'après ce récit, comment les choses ont dû se passer.

Au début, au lieu de proposer un ordre du jour, comme c'était l'usage, et de demander à chaque sénateur son opinion, Cicéron crut devoir user 1 Dé H sans doute l'expression agere causam, pour signifier plaider n" procès, et le mot d'actio pour dire un plaidoyer. Il est probable qu'on croyait que Catilina n'aurait pas l'audace de se présenter, mais il tenait à donner le change jusqu'au bout et il voulait se justifier s'il était attaqué.

Quand on le vit entrer, personne ne s'approcha de lui pour l'entretenir, personne ne répondit à son salut. On s'éloignait à son approche, et sur le banc où il s'assit, il se trouva seul. Cet accueil, auquel il n'était pas accoutumé, dut le surprendre et l'intimider; Cicéron au contraire, y puisa une énergie qui ne lui était pas ordinaire.

S'adressant à Catilina et le faisant lever, il lui demanda ce qu'il avait fait la veille et s'il n'avait pas assisté à la réunion qui s'était tenue chez Laeca. Catilina, troublé par la vivacité de l'attaque, et encore plus par l'attitude de ses collègues, ne répondit rien.

Ce silence d'un homme si audacieux d'ordinaire était déjà un grand succès pour Cicéron, et il en a triomphé plus tard. Aussitôt il en profite pour le presser de questions: Catilina, de plus en plus troublé, n'oppose à ces violentes attaques que des réponses embarrassées.

C'est, comme on le voit, le sujet même et presque les expressions de la première Catilinaire. La seule différence est que cette partie avait été précédée dans le discours original par une sorte de combat singulier entre les deux adversaires, qui ne se retrouve plus, au moins sous cette forme, dans celui que nous possédons. Chez nous, dans nos assemblées politiques, les luttes personnelles sont sévèrement défendues. Le règlement les interdit, et dès qu'elles menacent de se produire, le président, sans y réus-.

A Rome, on leur laissait une pleine liberté. Sous le nom d'altercatio ou d'interrogatio, elles avaient pris une place régulière, officielle, dans les combats de la parole; tantôt elles précédaient le discours suivi oratio perpetua , tantôt elles lui succédaient il y avait même des cas où elles étaient tout le discours, par exemple dans les affaires criminelles, où le témoin était livré à l'avocat de l'adversaire, qui l'embarrassait de questions insidieuses, le troublait, le raillait, pour le rendre ridicule ou suspect.

Avec la vivacité de son esprit et sa verve mordante, il devait y être incomparable. Mais quand plus tard il donnait son discours au public, il comprenait bien que l'altercatio n'y pouvait guère avoir de place. C'est ce qu'il a fait pour la première Catilinaire. L'altercatio en a disparu, et pourtant il semble qu'en cherchant bien, on en retrouve quelque trace. L'ardeur de la lutte y est restée, et même dans ces phrases qui se suivent, le dialogue parfois se devine. Si dans cette partie même, où il ne pouvait pas reproduire exactement le discours primitif, il tient encore à s'en rapprocher, s'il veut au moins de quelque manière en rappeler le souvenir, pourquoi s'en éloignerait-il ailleurs sans nécessité?

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Aussi n'en trouve-t-on aucune trace dans les programmes qu'on prête à Catilina. Le Sénat ne répondit rien. Escorte ado addict à baise Escorte ado addict à baise. Le Sénat se réunit donc dans l'après-midi du 7 novembre, et Cicéron y prononça la première Catilinaire. On nous dit que cette jeunesse ardente, quand elle voyait passer quelque personnage, qu'on soupçonnait d'être favorable aux conjurés, l'accueillait par des murmures et qu'on avait grand'peine à l'empêcher de se jeter sur lui. Video sexe gratuit tarif escort girl

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